

Qu’il soit 100% pur jus, avec ou sans pulpe, industriel ou fraîchement pressé du matin, le jus d’orange continue d’occuper une place indéboulonnable lors du petit-déjeuner. L’association à la Vitamine C, synonyme d’énergie pour bien débuter la journée, est pourtant loin d’être pertinente. Car la caractéristique principale du jus d’orange, c’est surtout du sucre. Beaucoup de sucre.
Jus d’orange : c’est quoi le problème ?
Contrairement à la croyance populaire, le jus d’orange a une teneur en sucre particulièrement élevée. Le fait de transformer un aliment (frais ou congelé, peu importe), va détruire la fibre alimentaire, nécessaire pour bien digérer le sucre naturel, le fructose : « Quand on presse une orange, on dégrade une partie de ces fibres alimentaires, qui ne sont plus du tout présentes dans le jus« , explique Emilie Steinbach, Docteure en biologie intégrative et neuroscientifique, spécialisée en neuro-nutrition. « On se retrouve alors avec un jus composé d’eau, de beaucoup de sucres et de moins de fibres, pourtant essentielles pour la santé car elles ralentissent la digestion du fruit« , explique-t-elle.
Beaucoup de familles perçoivent encore qu’un fruit est bon pour la santé, peu importe sa forme.
Emilie Steinbach, Docteure en biologie intégrative et neuroscientifique
Lorsque la fibre alimentaire du fruit est détruite, le foie va alors métaboliser le fructose d’une manière différente… Et se transformer en gras. « Le corps se retrouve d’un seul coup face à une grande quantité de sucre, que l’on ne retrouve pas normalement dans un aliment. Car il ne faut pas oublier qu’il faut entre six et huit oranges pour faire du jus d’orange. Si je mangeais huit oranges en face de vous, là maintenant, vous seriez étonné. Or, c’est que l’on fait lorsqu’on boit du jus« , décrit Emilie Steinbach.
Autant de sucres que dans un coca
Un verre de jus d’orange (250ml) est composé de 23g de sucres. Une canette de coca classique (330ml) possède de son côté 34g de sucres. Si l’on prend un verre de coca (250ml), on obtient entre 25g et 26g de sucre. Il n’y a donc presque aucune différence entre prendre de bon matin un verre de jus d’orange ou un verre de coca.
Un constat effarant pour l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), qui recommande que les sucres représentent moins de 10% de la quantité totale d’énergie qu’une personne consomme par jour. Cela équivaut à environ 50g de sucres par jour, dans un régime alimentaire moyen d’un adulte. Pour un enfant de moins de cinq ans, cette limite se situe à 35g… soit une canette de coca.

« Beaucoup de familles perçoivent encore qu’un fruit est bon pour la santé, peu importe sa forme« , s’inquiète Emilie Steinbach. « Il faut toujours se dire qu’un aliment brut, le moins transformé possible, est meilleur pour la santé« .
Et peu importe si vous pressez vous-même vos oranges : « Même un jus d’orange que l’on presse chez soi n’est pas conseillé« , prévient Steinbach : « Cela reste un apport en sucre non négligeable et l’excuse de la Vitamine C n’est pas vraiment une bonne excuse, car la Vitamine C présente dans les oranges se dégrade rapidement une fois qu’elle est exposée à l’air, à un changement de température et à la lumière« .
La scientifique tente également d’alerter sur les risques de boire régulièrement du jus d’orange acheté en grande surface : « Un jus de fruit industriel est beaucoup plus transformé que celui que vous pouvez faire dans votre cuisine. Bien souvent, l’aliment est fractionné. Il y a plein de processus industriels pour vous donner l’impression que vous consommez un jus de fruits qui vient d’être pressé« .
Fruit vs Jus de fruits : une affaire de marketing
Il existe bien souvent une association positive entre un fruit et un jus de fruits. Et les fabricants ont tout intérêt à continuer de propager cette idée reçue.
D’autant que si le jus d’orange contient presque autant de sucres qu’un coca, ce n’est peut-être pas un hasard… « Minute Maid » et « Innocent » appartiennent au groupe Coca-Cola. « Tropicana » et « Ocean Spray » appartiennent eux à Pepsi-Cola. « On fait croire au grand public que ces aliments sont bons pour la santé« , regrette Emilie Steinbach.
Un constat partagé par l’OMS, qui met en garde contre ces pratiques marketing qui peuvent avoir des conséquences à long terme sur les futures générations : « Jamais dans l’histoire les enfants n’ont été plus exposés aux risques potentiels provenant de la commercialisation agressive des boissons sucrées […] Ils peuvent ne pas comprendre complètement les conséquences des habitudes malsaines de consommation de boissons. L’exposition au marketing influence les préférences des enfants et leur choix d’achat de boissons (par eux-mêmes ou leurs parents) et de consommation« .
Un rapport sain à l’alimentation
Pour Emilie Steinbach, parler du jus d’orange comme d’un poison n’est pourtant pas judicieux : « C’est l’extrême dans l’alimentation qui est dangereux. Si vous avez envie de prendre un jus d’orange avec vos enfants le samedi matin, ce n’est pas grave ! Il faut juste garder un rapport sain avec l’alimentation. Cependant, un verre de jus d’orange tous les matins au petit-déjeuner, ce n’est pas recommandé« .
Pour remplacer le jus d’orange matinal, il est plutôt conseillé de boire de l’eau juste après le réveil. Ensuite, un thé ou un café fait parfaitement l’affaire « idéalement sans sucres ajoutés« , glisse Emilie Steinbach. « Car ça ne sert à rien de remplacer le jus de fruit par une autre boisson énergisante fortement sucrée« , conclut-elle.
Source : https://www.rtbf.be/