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Ce que les abeilles nous disent: en protégeant les pollinisateurs, nous protégeons l’avenir de l’alimentation

Les abeilles nous parlent, non pas en émettant des sons, mais par leur présence, leur absence et leur disparition progressive. Tout comme les papillons, les chauves-souris, les coléoptères, certains mammifères et certains oiseaux, ces travailleuses acharnées pollinisent les espèces cultivées et les plantes sauvages dont nous nous nourrissons, protègent la biodiversité et contribuent à la résilience de nos systèmes agroalimentaires. Quand elles prospèrent, les écosystèmes aussi. Si elles venaient à disparaître, nous pourrions subir le même sort.
Sans les pollinisateurs, les aliments tels que les pommes, les amandes, le cacao et le café deviennent plus difficiles à cultiver et coûtent plus chers, ce qui les rend moins accessibles. Leur déclin n’est pas seulement une menace pour la nature, il fragilise nos systèmes agroalimentaires, tant en ce qui concerne la productivité agricole que la sécurité alimentaire et la nutrition.
Les changements d’affectation de terres, la destruction d’habitats, les pratiques agricoles non durables, les organismes nuisibles et les maladies, ainsi que les espèces envahissantes, font diminuer de façon alarmante leurs populations. En cette Journée mondiale des abeilles, le message est simple, mais il est urgent d’agir: préservons nos pollinisateurs et nous préserverons nos systèmes agroalimentaires.
Les pollinisateurs jouent un rôle essentiel dans la sécurité alimentaire et la nutrition mondiale, car ils contribuent à la reproduction de 87 des 115 principales espèces vivrières et de près de 90 pour cent des plantes à fleurs sauvages du monde. Ils permettent aussi bien d’avoir accès à des aliments nutritifs que d’obtenir des revenus ruraux: les moyens de subsistance de 1,4 milliard de personnes, en particulier de petits exploitants en Afrique, en Asie et en Amérique latine, dépendent de la pollinisation. La diminution des populations de pollinisateurs pèse sur les disponibilités alimentaires, fragilise la nutrition et affaiblit les économies locales, ce qui accroît le risque d’insécurité alimentaire et de maladies liées à l’alimentation dans les régions vulnérables.
Les abeilles et autres pollinisateurs sont des alliés vitaux quand il s’agit de bâtir des systèmes agroalimentaires climato-résilients car ils aident différentes exploitations agricoles à renforcer leur capacité d’adaptation aux chocs et à être en mesure de produire des cultures de meilleure qualité en utilisant moins d’intrants externes. La FAO est à la tête des efforts mondiaux visant à protéger les pollinisateurs et à tirer parti de leurs services, dans le cadre de l’initiative internationale pour la conservation et l’utilisation durable des pollinisateurs et d’un large éventail de projets menés à tous les niveaux. Sa plateforme consacrée à l’action mondiale en faveur des services de pollinisation est une ressource importante destinée aux apiculteurs, aux éducateurs et aux décideurs, qui offre des outils pratiques et des informations scientifiques récentes.

En Afrique, en Amérique latine, en Europe et au Proche-Orient, des pays promeuvent l’apiculture durable et la protection des pollinisateurs, qui sont des outils pratiques au service de la biodiversité, des moyens de subsistance et de la résilience face au changement climatique. En Tanzanie, près de 35 000 hectares de savane boisée de type miombo sont actuellement restaurés et, en parallèle, des investissements ont été réalisés dans la chaîne de valeur de l’abeille. Le Rwanda a formé plus de 9 000 apiculteurs, dont 30 pour cent de femmes et de jeunes, tandis que l’Éthiopie se sert de l’apiculture pour aider des communautés touchées par un conflit dans la région Afar. En Amérique latine, une plateforme régionale renforce la collaboration transfrontalière et les échanges de connaissances sur les pollinisateurs, ce qui permet d’unir les efforts menés au Brésil, au Chili, au Costa Rica, au Mexique et au Pérou. Que ce soit dans le cadre de la réforme de la gestion des forêts en Azerbaïdjan, de la revitalisation des oasis au Maroc ou d’activités de formation au niveau local en Iraq, les pays intègrent des pratiques respectueuses des abeilles dans leurs stratégies consacrées aux forêts, à l’agriculture et au développement rural.
Au niveau mondial, la FAO aide des gouvernements à intégrer la protection des pollinisateurs dans leurs législations environnementales, en élaborant des orientations sur les politiques, à l’intention des législateurs de l’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique. Grâce à l’initiative «Un pays, un produit prioritaire», des pays tels que le Bénin, le Chili, le Rwanda et le Viet Nam promeuvent le miel en tant que produit climato-intelligent. En outre, dans le cadre du Mécanisme forêts et paysans, de petits exploitants dans dix pays sont en train d’acquérir les compétences nécessaires à l’adoption de pratiques agricoles respectueuses des abeilles. Ces efforts sont en train de transformer la manière dont nous pratiquons l’agriculture, nous gouvernons et nous commerçons, l’accent étant mis sur les abeilles non pas seulement en tant qu’indicateurs de la santé écologique, mais en tant que moteurs de la transformation rurale.
L’agriculture respectueuse des abeilles porte ses fruits. Elle renforce les écosystèmes, facilite la tâche des petits exploitants et aide les communautés à faire face aux chocs climatiques. Ces pratiques sont ancrées dans la science, ont fait leur preuve sur le terrain, que ce soit dans des vergers en rang ou dans des vallées oasiennes, et nous offrent des solutions concrètes et inclusives pour rendre le système alimentaire pérenne.
Nous avons tous un rôle à jouer. Apportez votre concours en plantant des fleurs qui attirent les pollinisateurs, en particulier les espèces autochtones qui conviennent le mieux aux pollinisateurs locaux. Évitez d’utiliser des produits chimiques nocifs, tout particulièrement pendant les saisons de floraison, quand les pollinisateurs sont les plus actifs, soutenez les apiculteurs locaux et achetez du miel provenant de sources durables. Encouragez les écoles et les municipalités à créer des jardins et des couloirs pour les pollinisateurs, afin de mettre à la disposition de ces créatures essentielles des habitats sûrs et riches en nourriture.
Malgré leur petite taille, les pollinisateurs ont un impact énorme. Ces sont des héros du climat, des champions de la biodiversité et des architectes silencieux de nos systèmes agroalimentaires. En les protégeant, on préserve non seulement les espèces, mais on veille également à la résilience de nos systèmes alimentaires et de nos communautés.
Source : https://www.fao.org/