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Pourquoi ce plaisir de se reconnecter à la terre, cette envie de mettre les mains dans la terre ?

La connexion à la terre, à la nature commence dès l’enfance, en bougeant les cailloux au parc ou à la campagne. Comment apprendre cette connexion à nos enfants ?
Avec :
– Marc-André Selosse, professeur du Muséum National d’Histoire Naturelle et membre de l’institut universitaire de France.
– Jacques Tassin, biologiste au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad)
– Ophélie Damblé, ophélie Damblé est la créatrice de la chaîne YouTube « [Ta Mère Nature](https://www.tamerenature.com/) ». Communicante de formation, elle plaque tout en 2017 pour se reconvertir dans le maraîchage biologique. Elle travaille aujourd’hui sur les questions de la nature en ville, et partage son emploi du temps entre son métier d’agricultrice urbaine dans sa pépinière à la Cité Fertile (93) et de créatrice de contenus. Elle est aussi la co-auteure du livre « Guerilla Green », paru en 2019 aux Éditions Steinkis et l’auteure de « Manifeste pratique de végétalisation urbaine », paru en 2020 aux Éditions Solar.
Souvenez-vous, ça commence dans l’enfance avec l’envie de ramasser des cailloux, de plonger les mains et les pieds dans le sable sur la plage, de caresser l’herbe, de sauter dans les flaques et bien sûr de jouer avec la gadoue. Et puis en grandissant ce sont les premières plantations, à l’école, dans le jardin de la famille ou dans le potager des grand-parents.
Et puis il y a encore toutes ces sensations : la terre que l’on retourne avec ses mains, l’odeur du basilic, de la menthe, de la ciboulette que l’on plante, le goût des tomates que l’on a récoltées, le bruit de toute cette vie silencieuse qui pousse autour de nous.
Ces souvenirs et ces sensations sont fondateurs de notre connexion à la nature. Et je me dis que nous en sommes nostalgiques comme nous sommes nostalgiques de la douceur qui protège nos premières années de vie.
Comment donc retrouver ce plaisir sensible du contact avec la vie naturelle ? Comment renouer avec nos forêts, nos haies, notre sol et nos plantes ? Et comment transmettre à nos enfants l’importance de cette connexion quotidienne, presque ordinaire, avec cette nature qui nous entoure et qui nous porte ?
Un rapport sensoriel et émotionnel
Nous avons toutes et tous un imaginaire, une sensibilité avec la nature qui nous entoure souvent liée aux souvenirs.
Marc-André Selosse est micro-biologiste, enfant, il se promenait dans le bois de Vincennes avec son grand-père. Il se souvient qu’il y avait là plein d’odeurs, de plantes notamment, mais aussi cette odeur particulière d’après la pluie. « L’odeur de le terre est celle des bactéries qui sont dedans, c’est la géosmine. C’est elle qui donne l’odeur de terre et quand il pleut, elle passe dans l’air et donne cette odeur après la pluie de terre diluée. » Lui se passionnait aussi pour les champignons, souvent décrits avec des odeurs, cet octénol, appelé aussi « alcool de champignon » qu’on trouve aussi dans le sol.
Ophélie Damblé elle se souvient du jardin de sa grand-mère, qui l’embarquait « pour aller à la récolte des haricots, des pommes de terre ou encore des tomates, il y avait aussi cette idée qu’on cuisine ensemble« . Cet attrait pour les choses assez brutes et gouteuses la suit encore aujourd’hui, il est toujours meilleur pour elle de manger ses propres tomates. « Ce sont aussi les rares interactions que j’ai eues aussi avec mon grand-père, quand on équeutait les haricots.«
Jacques Tassin a un chêne dans son jardin, il forge ici une relation avec les oiseux qui se signalent par leur chant. « Je suis gâté, j’ai un beau chêne dans mon jardin, mais en plus des loriots y chantent. » Pour lui, l’approche sensorielle et l’approche technique de l’écologie ne s’opposent pas, « elles sont complémentaires et se nourrissent l’une l’autre« . Il rappelle et cite le travail de Maurice Merleau-Ponty qui montrait combien la perception précède tout travail intellectuel. Le microbiologiste Marc-André Salosse rappelle qu’il y a un côté émotionnel très fort dans la perception de la nature, « ce côté émotionnel est en nous, la nature n’est pas belle, nous la trouvons belle ». Le beau est dans notre œil. « Le beau est quelque chose qui peut nous pousser vers le vivant, mais quand on veut comprendre ce qu’est le vivant, il faut ensuite rebondir sur le beau, et je pense passer plus un ‘comment ça marche’, et comment on peut s’en servir. Cela a beaucoup manqué à nos sociétés, comment utiliser le vivant.«
Quel rapport notre rapport à la nature et à la terre ? Que signifie mettre les mains dans la terre ? Que peut représenter le retour à la terre, pour son repos ou pour y reprendre une activité professionnelle agricole ?
Source : https://www.radiofrance.fr/