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La stévia, substitut du sucre dans de nombreuses boissons, aurait un effet inespéré sur l’un des cancers les plus mortels

Alors que les traitements du cancer du pancréas peinent à évoluer, des travaux de biotechnologie misent sur la transformation microbienne de substances végétales pour ouvrir de nouvelles pistes thérapeutiques prometteuses.
Présente dans nos desserts, nos boissons et nos placards, la stévia semblait cantonnée à son rôle d’édulcorant naturel. Pourtant, une nouvelle méthode de fermentation appliquée à cette plante courante révèle un potentiel inattendu face à l’un des cancers les plus redoutés. En ciblant les cellules tumorales du pancréas avec une précision inédite, la stévia fermentée suscite un vif intérêt dans la recherche oncologique, au croisement des savoirs botaniques et des innovations microbiologiques.
Une piste végétale inattendue face au cancer du pancréas
Souvent diagnostiqué trop tard, le cancer du pancréas est l’un des plus meurtriers à l’échelle mondiale. En France, il représente déjà le deuxième cancer digestif le plus fréquent selon l’Institut Gustave Roussy, avec plus de 14 000 cas recensés chaque année. La maladie, longtemps silencieuse, progresse souvent sans alerter, rendant la majorité des tumeurs inopérables au moment du diagnostic. Les perspectives thérapeutiques restent faibles et le taux de survie à cinq ans ne dépasse pas 10%, comme le souligne l’Université d’Hiroshima dans ses recherches récentes.
C’est dans ce contexte alarmant qu’une équipe de scientifiques japonais s’est penchée sur un ingrédient présent dans de nombreux produits alimentaires : la stévia. Plus précisément, l’extrait de ses feuilles, après fermentation par une bactérie isolée de feuilles de bananier. Ce procédé permettrait non seulement d’activer des composés antioxydants, mais aussi de déclencher un effet cytotoxique ciblé contre les cellules du cancer pancréatique. Une piste inattendue issue de la pharmacopée végétale.

La stévia fermentée déploie un mécanisme de mort cellulaire ciblé
L’étude publiée dans l’International Journal of Molecular Sciences révèle que la stévia fermentée avec la souche Lactobacillus plantarum SN13T exerce une action sélective sur les cellules cancéreuses PANC-1. Les tests menés en laboratoire ont montré une forte inhibition de la prolifération tumorale, accompagnée d’un arrêt du cycle cellulaire et de l’induction programmée de la mort cellulaire. Ce pouvoir cytotoxique provient d’un composé spécifique, l’ester méthylique de l’acide chlorogénique, absent dans la version non fermentée.
Les chercheurs ont observé une différence marquée entre l’extrait brut et sa version fermentée. Grâce à la biotransformation microbienne, certains métabolites gagnent en efficacité, améliorant la biodisponibilité et l’impact pharmacologique. Cette stratégie a déjà fait ses preuves dans d’autres extraits de plantes, mais les résultats obtenus avec la stévia fermentée sont particulièrement remarquables par leur sélectivité. Les cellules rénales saines utilisées comme témoin sont restées quasiment intactes.
Un potentiel thérapeutique encore loin d’une application clinique
Si ces résultats ouvrent de nouvelles perspectives en oncologie, le chemin vers une application thérapeutique reste complexe. L’expérience a été conduite uniquement sur des lignées cellulaires en laboratoire. Aucune étude in vivo n’a encore validé les effets observés ni établi la tolérance sur l’organisme dans son ensemble. L’équipe japonaise prévoit cependant de poursuivre les essais sur modèles animaux afin d’évaluer l’effet du composé dans des conditions physiologiques plus réalistes.
En parallèle, d’autres initiatives comme le projet PRISM, porté par le Centre national de médecine de précision en France, cherchent également à améliorer la prise en charge du cancer du pancréas par des méthodes de dépistage moléculaire précoce. Si l’extrait de stévia fermentée venait à confirmer son efficacité en conditions cliniques, il pourrait un jour s’ajouter à cet arsenal encore limité. Pour l’heure, il témoigne surtout de la richesse insoupçonnée que recèle le monde végétal quand il est associé aux biotechnologies modernes.
Source : https://www.science-et-vie.com/