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Dakar – Sénégal : Des micro-organismes pour remplacer les engrais chimiques

Maïmouna Cissokho est ingénieure de recherche, chargée de projets scientifiques à l’Institut de recherche pour le développement (IRD) au Sénégal. Elle travaille au laboratoire commun de microbiologie sur les interactions entre les plantes et les micro-organismes.
Interrogée par SciDev.Net, la chercheure présente l’importance et les enjeux de l’inoculation des plantes avec des micro-organismes symbiotiques tels que les rhizobiums et les champignons mycorhiziens.
“Pour cette technique, on utilise généralement deux types de micro-organismes : notamment les rhizobiums, mais également les champignons mycorhiziens. Les champignons mycorhiziens s’associent avec 90 % des espèces végétales, alors que les rhizobiums s’associent avec les légumineuses de préférence.” Maïmouna Cissokho, IRD
D’après ses explications, cette technique peut améliorer significativement la croissance des plantes et la fertilité du sol, sans qu’on ait recours à des fertilisants chimiques. Elle est également un atout pour la préservation de l’environnement.
Quelle est la pertinence de l’inoculation des plantes avec des micro-organismes symbiotiques ?
Dans le contexte actuel de crise écologique, il est crucial de repenser nos pratiques agricoles, de minimiser leur impact sur l’environnement. On sait que l’agriculture d’aujourd’hui, qui est fort intensive, repose entièrement sur l’utilisation des engrais chimiques qui sont pollueurs, qui ne sont pas bénéfiques, non seulement pour les plantes, mais également pour les sols et l’environnement.
Et donc, il est temps qu’on pense à une agriculture qui soit durable. Des solutions naturelles existent, comme l’inoculation des plantes avec des micro-organismes symbiotiques, et qui présentent des alternatives qui sont très prometteuses.
Concrètement, comment cette inoculation est-elle réalisée ?
L’inoculation est réalisée en prenant les micro-organismes qui existent naturellement au niveau du sol. Donc, ce sont des micro-organismes qui s’associent naturellement avec certains types de plantes, que l’on va récupérer, que l’on va multiplier et que l’on va remettre au niveau du sol. Et ils vont aider la plante à croître, à se développer. Ces micro-organismes ne polluent pas l’environnement et ne polluent pas nos ressources en eau.
Ainsi, on sélectionne d’abord les micro-organismes qui sont performants et efficients, on les multiplie en laboratoire, on les remet dans le sol et les résultats sont visibles.
Quels sont ces résultats ?
Il y a notamment l’augmentation du rendement et de la biodiversité au niveau du sol. Et on aide la plante à acquérir les éléments minéraux dont elle a besoin, notamment l’azote, le phosphore, le potassium qui sont indispensables à la plante, mais qui ne sont pas disponibles, ou qui existent très faiblement.
Quels sont les principaux avantages environnementaux de l’utilisation de ces micro-organismes par rapport aux fertilisants traditionnels ?
Les engrais chimiques nourrissent la plante, mais ils ont des effets secondaires. C’est la pollution du sol, de l’environnement, la contamination de nos ressources en eau, de la nappe phréatique. C’est également un appauvrissement de la biodiversité microbienne.
Dans le sol, il y a une biodiversité microbienne très importante dont la plante a besoin. L’utilisation des engrais chimiques appauvrit cette biodiversité-là. Si on agit sur ces principaux leviers, on a des résultats probants.
Quand on sait que la population mondiale va doubler dans les années 50 ; quand on sait que l’agriculture a besoin de s’intensifier et qu’une agriculture intensive basée sur les engrais chimiques va appauvrir les sols ; et quand on sait que, d’ici quelques années, on n’aura plus de sols capables de donner des rendements suffisants pour nourrir la population mondiale qui augmente toujours, on est tenus de préserver les sols.
Donc préserver nos sols, préserver leurs richesses est une des choses qu’on peut réaliser en faisant la promotion de l’utilisation des micro-organismes symbiotiques.
Existe-t-il des cultures pour lesquelles cette méthode est adaptée ?
Pour cette technique, on utilise généralement deux types de micro-organismes : notamment les rhizobiums, mais également les champignons mycorhiziens. Les champignons mycorhiziens s’associent avec 90 % des espèces végétales, alors que les rhizobiums s’associent avec les légumineuses de préférence. Nous menons des recherches pour voir comment transférer cette technologie aux céréales qui ne s’associent pas avec les rhizobiums.
Il convient de retenir que l’inoculation est une technique très prometteuse qui va permettre de préserver notre environnement. On a besoin de notre environnement pour le futur. Si on le détruit, les jeunes générations n’auront rien, aussi bien pour une agriculture durable que pour autre chose. Il est important de préserver notre environnement. C’est un défi à relever.
Quels sont les défis à relever pour l’adoption à grande échelle de cette méthode par les agriculteurs ?
Il faut la communication. Il faut qu’on la fasse connaître. Au niveau du laboratoire, on fait des recherches, on va sélectionner les micro-organismes les plus efficients sur certains types de plantes, on les associe au labo, on fait des essais sur le terrain, on voit des résultats palpables.
Alors, le problème pour les rendre accessibles à tout le monde, notamment aux agriculteurs, c’est une grande communication : leur faire connaître ces micro-organismes, leur faire connaître le bénéfice qu’ils ont à utiliser ces micro-organismes, au lieu de diminuer la fertilité de leurs sols en utilisant des engrais chimiques. Donc, le défi, c’est d’assurer cette communication.
Source : https://www.scidev.net/