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Ce champignon qui nous « mange de l’intérieur » pourrait conquérir de nouveaux territoires

Ennemies des patients fragiles, mais alliées des sols : certaines espèces de champignons responsables de l’aspergillose, une grave infection respiratoire, devraient bénéficier du changement climatique pour s’étendre à de nouvelles régions du monde, selon une étude britannique en cours d’évaluation (CNN).
Nous respirons tous des champignons. Cependant, bien que l’ensemble de la population humaine soit exposée aux spores d’espèces du genre Aspergillus, celles-ci ne deviennent pathogènes que dans certaines conditions, notamment en cas d’immunodépression ou de maladies pulmonaires chroniques (Institut Pasteur, 2024).
Ainsi, lorsque notre organisme ne parvient pas à éliminer les spores, le champignon « commence à se développer et à vous manger de l’intérieur, pour le dire très franchement », ose Norman van Rijn, un chercheur qui étudie le lien entre le changement climatique et les maladies infectieuses à l’université de Manchester, en Angleterre (CNN, 26 mai 2025).
Si les infections fongiques tuent plus de 2,5 millions de personnes par an, ce bilan pourrait encore s’alourdir, selon l’étude de modélisation que le scientifique a menée avec deux collègues. Pré-publié sur la plateforme Research Square, leur article de recherche est en cours de relecture par les pairs (N. van Rhijn, C. Uzzell & J. Shelton, 2025).
Santé humaine, santé des sols
L’équipe britannique a cartographié les effets de la hausse des températures sur la répartition mondiale de trois champignons pathogènes, Aspergillus flavus, A. fumigatus et A. niger, selon différents scénarios climatiques d’ici 2100.
Ainsi, avec une économie mondiale dépendante des combustibles fossiles (scénario « SSP585 » du GIEC), la répartition d’A. flavus pourrait croître d’environ 16 %, exposant un million de personnes supplémentaires au risque d’infection rien qu’en Europe. Le territoire d’A. fumigatus pourrait, lui, s’étendre de 77,5 %, ce qui exposerait potentiellement 9 millions d’Européens.
Si ces conquêtes géographiques concernent principalement les hautes latitudes, à l’inverse, les champignons étudiés pourraient perdre du terrain en Afrique subsaharienne par exemple. Toutefois, ce n’est pas forcément une bonne nouvelle, puisque les Aspergillus contribuent positivement à la santé des sols et au cycle du carbone, font remarquer les auteurs.

Des champignons qui s’adaptent ?
En outre, les champignons pourraient s’adapter et devenir davantage pathogènes en raison de la hausse des températures, ce qui pourrait entraîner une recrudescence des infections chez les personnes en bonne santé – un peu à l’image du scénario de la série américaine « The Last of Us » (HBO) inspirée d’un jeu vidéo.
« Nous avons déjà observé l’émergence du champignon Candida auris (responsable des candidoses, NDLR) due à la hausse des températures, mais jusqu’à présent, nous disposions de peu d’informations sur la façon dont d’autres champignons pourraient réagir à ce changement environnemental », note Norman van Rijn dans un communiqué de l’université de Manchester.
Parmi les cinq millions d’espèces de champignons qui existeraient sur Terre, seulement 140 000 ont été décrites par la science. « Les champignons sont relativement peu étudiés par rapport aux virus et aux autres parasites, mais nos cartes montrent que les agents pathogènes fongiques affecteront probablement la plupart des régions du monde à l’avenir », souligne le chercheur.
Pour Justin Remais, un professeur en sciences de la santé environnementale à l’UC Berkeley (États-Unis) qui n’a pas contribué à cette étude, « les agents pathogènes fongiques deviennent de plus en plus courants et résistants aux traitements, et nous commençons seulement à comprendre comment le changement climatique y contribue », confie-t-il à CNN.
Source : https://www.geo.fr/