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Putsch dans la ruche : pourquoi les abeilles renversent-elles parfois leur reine ?

Dans les ruches, les abeilles décident de remplacer leur reine quand la santé de celle-ci décline, avec une multitude de conséquences pour la colonie. Cette fin de règne est en réalité couramment déclenchée par des infections virales qui poussent les insectes jaunes et noirs à l’action immédiate pour leur survie.
Depuis toujours dans l’histoire des peuples, les souverains sur le déclin, tant physiquement que politiquement, éveillent la convoitise des plus ambitieux, dont parfois même leurs sujets les plus loyaux, qui n’hésitent pas à orchestrer leur renversement. Cette tragédie séculaire se répète non seulement à travers les siècles parmi les hommes, mais aussi dans la nature. Dans les colonies d’abeilles, la reine est fréquemment victime de coups d’État lorsque les siens la sentent affaiblie. Un « putsch » entre insectes qui s’avère être une grande prise de risque pour l’ensemble de la communauté ailée.
Appelé dans le jargon « supercédure », ce phénomène se produit quand les ouvrières remarquent que leur reine ne pond plus suffisamment d’œufs. Ces maillons essentiels, acharnées à la tâche, se préparent alors à la remplacer par une nouvelle souveraine, plus jeune et plus saine. Si ce mécanisme assure la survie des colonies sauvages, il peut déstabiliser les ruches gérées et entraîner des interruptions de ponte, un affaiblissement général de la population et, à terme, une baisse de la production de miel et de la pollinisation.
Une baisse de phéromone à l’origine de l’insurrection ?
Des chercheurs de l’Université de la Colombie-Britannique expliquent avoir découvert les raisons de ces violentes révoltes, jusqu’alors floues, au sein de cette espèce pourtant fidèle. Dans une nouvelle étude publiée dans la revue spécialisée PNAS, l’équipe révèle que des infections virales courantes réduisent la taille des ovaires de la reine, diminuant à la fois sa capacité à pondre et la production de la phéromone méthyl oléate, qui garde les ouvrières à ses pattes.
« Une reine en bonne santé peut pondre jusqu’à 850 à 3 200 œufs par jour, soit plus que son propre poids. Mais nos expériences prouvent que les reines infectées pondent moins et produisent moins de méthyl oléate. Cette réduction semble signaler aux ouvrières que la reine n’est plus apte à gouverner », expose le professeur Leonard Foster, l’auteur principal de l’étude, au site Phys.org. Elles sentent, littéralement, qu’il est temps d’assurer sa succession.
Une solution contre la supercédure, mais pas les Varroa
Les abeilles assurent la pollinisation d’environ un tiers des cultures mondiales. Leur travail invisible est vital pour la survie des espèces végétales, donc pour la préservation de la biodiversité, mais aussi pour l’alimentation humaine. Or, les apiculteurs signalent depuis plusieurs années des pertes massives de reines, notamment en hiver, et de supercédure prématurée. Les infections sont là encore pointées du doigt par l’étude. En bouleversant l’équilibre chimique de la ruche, ces agents pathogènes altèrent également l’ordre qui y règne.
Les chercheurs proposent dans leur rapport une méthode pratique pour que les apiculteurs puissent intervenir rapidement pour une passation de pouvoirs en douceur. Au cours d’essais effectués, des colonies recevant des mélanges synthétiques de phéromones incluant la méthyl oléate se sont montrées beaucoup moins susceptibles d’élever de nouvelles reines que celles qui recevaient des mélanges sans cette phéromone. « La supercédure peut être perturbatrice et coûteuse, mais ajouter de la méthyl oléate pourrait aider à stabiliser les ruches pendant les périodes où la productivité continue est cruciale », note le professeur Leonard Foster.
L’équipe insiste dans ses conclusions sur le rôle des acariens Varroa, vecteurs des virus responsables de la défaillance des reines, et sur l’importance de maintenir les colonies saines, sans parasites. « Maintenir la reine en bonne santé est une raison supplémentaire pour contrôler les niveaux de Varroa. Il n’existe actuellement aucun traitement contre les virus dans les colonies d’abeilles, mais mieux comprendre leur impact permet de modifier la gestion des Varroa pour donner plus de chances à la reine », certifie la co-auteure Alison McAfee. Les éliminer pourrait ouvrir la voie à des monarchies plus durables.
Source : https://www.geo.fr/