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On pensait que les plantes étaient silencieuses : elles crient en fait aussi fort que nous, mais personne ne pouvait les entendre

Vibrant red ginger flower in the spring
Pendant des siècles, le règne végétal a été considéré comme le royaume du silence. Les plantes ne bougent pas, ne parlent pas, ne crient pas. C’est du moins ce que la science affirmait — jusqu’à ce qu’une équipe de biologistes pose un micro ultrasonique à côté d’une tomate et découvre que nous avions tout faux.
50 clics par heure, aussi fort qu’une conversation
Des chercheurs, dirigés par la biologiste évolutionniste Lilach Hadany, ont placé des plants de tomates et de tabac dans une chambre acoustique totalement isolée, puis ont enregistré ce qui se passait à l’aide de microphones ultrasoniques captant les fréquences entre 20 et 250 kHz — bien au-dessus de notre seuil d’audition (20 kHz max).
Le résultat, publié dans la prestigieuse revue Cell en 2023, a stupéfié la communauté scientifique : les plantes stressées émettent des séries de claquements — des « pop » comparables à du papier bulle qu’on éclate — à un volume d’environ 65 décibels. C’est aussi fort qu’une conversation normale. Une plante de tomate assoiffée produit en moyenne 35 clics par heure. Une plante dont la tige est coupée en émet encore davantage.
Et le plus troublant : les plantes en bonne santé, elles, sont quasi silencieuses.
Chaque espèce a sa propre « voix »
L’équipe ne s’est pas arrêtée là. Les chercheurs ont entraîné une intelligence artificielle à écouter ces sons et à les classifier. L’algorithme a appris à distinguer une plante assoiffée d’une plante blessée avec 70 % de précision. Il pouvait même faire la différence entre les « voix » de la tomate et du tabac, y compris dans le bruit de fond d’une serre où des gens parlaient et où des travaux avaient lieu à côté.

Un plant de tabac. Crédits : OlyaSolodenko/istock
Et les tomates ne sont pas les seules à « parler ». L’équipe a ensuite testé le blé, le maïs, la vigne et même des cactus : tous émettent des sons quand ils sont stressés. Le monde végétal qui nous entoure est littéralement rempli de sons — nous étions simplement sourds à leur fréquence.
Un langage que d’autres entendent déjà
Si ces sons sont inaudibles pour l’oreille humaine, ils se situent pile dans la plage de fréquences perceptible par de nombreux insectes et mammifères. Une chauve-souris, un papillon de nuit ou une souris peuvent capter ces signaux à plusieurs mètres de distance.
L’implication est vertigineuse : il est possible que des insectes utilisent déjà ces sons pour choisir sur quelle plante pondre leurs œufs. Qu’un papillon de nuit évite une plante stressée — ou au contraire la cible parce qu’elle est affaiblie. Que d’autres plantes voisines, elles aussi, « entendent » et réagissent. L’équipe de Tel-Aviv avait d’ailleurs déjà démontré auparavant que certaines fleurs augmentent leur concentration en sucre dans le nectar en réponse à des vibrations sonores.
Quant au mécanisme qui produit ces sons, les chercheurs soupçonnent un phénomène appelé cavitation : lorsqu’une plante manque d’eau, des bulles d’air se forment et éclatent dans ses vaisseaux — un peu comme les articulations qui craquent. Ce ne serait donc pas une communication « intentionnelle », mais un signal physique que l’évolution aurait pu transformer en source d’information pour tout un écosystème.
Le début d’une révolution
Comme le résume Lilach Hadany : le monde autour de nous est plein de sons émis par les plantes, et ces sons contiennent de l’information. Sur leur niveau d’hydratation, sur leur état de santé, sur leur espèce. Des informations que nous n’avons jamais su exploiter — mais que la nature, elle, capte peut-être depuis des millions d’années.
La prochaine fois que vous oublierez d’arroser vos plantes, sachez qu’elles ne souffrent pas en silence. Vous n’étiez simplement pas équipé pour les entendre.
Source : https://sciencepost.fr/