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Les raisons qui vous ont poussé à fumer du cannabis pourraient révéler un risque caché

Et si le contexte dans lequel on a commencé à fumer et la nature des traumatismes que l’on a subis étant enfant influençaient les conséquences néfastes du cannabis sur la santé ? C’est ce que suggèrent deux nouvelles études menées par des chercheurs londoniens. Leurs résultats soulignent l’importance de s’intéresser de près aux circonstances dans lesquelles quelqu’un se met à consommer du cannabis.
Vous avez commencé à fumer parce que vous trouviez ça sympa et festif ? Ou plutôt parce que le cannabis vous permettait d’atténuer votre anxiété, de mieux supporter vos idées noires ou de soulager vos douleurs physiques ?
Vous pensez peut-être que ces questions n’ont que peu d’importance. Eh bien, détrompez-vous ! Elles sont fondamentales pour qui se préoccupe de sa santé future. C’est ce que suggèrent les résultats de deux recherches basées sur les données Cannabis & Me, la plus grande enquête jamais réalisée sur les conséquences psychiques de la consommation de cannabis.
Dans la première étude, publiée dans le BMJ Mental Health, les scientifiques du King’s College de Londres ont interrogé 3 389 fumeurs et ex-fumeurs âgés de plus de 18 ans. Objectif : déterminer dans quelles mesures les raisons qui avaient amené les volontaires à fumer du cannabis influençaient leur bien-être mental et leur consommation ultérieurs.
Des risques de paranoïa augmentés quand les débuts ne sont pas festifs
Les résultats montrent que ceux qui avaient commencé à consommer du cannabis pour soigner un problème de santé (douleurs physiques, anxiété, dépression, symptômes psychotiques mineurs…) avaient tous obtenu des scores de paranoïa plus élevés. Au contraire, ceux qui s’étaient mis à fumer du cannabis par plaisir, curiosité ou pour partager ce rituel avec des amis, présentaient les scores de paranoïa et d’anxiété les plus bas.
« Notre étude fournit des preuves essentielles sur la façon dont la raison pour laquelle une personne commence à consommer du cannabis peut avoir un impact considérable sur sa santé à long terme », explique Edoardo Spinazzola, auteur principal de l’étude. Pour lui, il est possible que « la consommation de cannabis comme moyen d’automédication pour soulager un malaise physique ou mental peut avoir un impact négatif sur les niveaux de paranoïa, d’anxiété et de dépression. »
Et des niveaux de consommation plus élevés
Dans cette cohorte, la consommation moyenne de THC était de 206 unités par semaine, soit l’équivalent de 10 à 17 joints par semaine (pour un cannabis à teneur en THC de 20 %, la norme à Londres). Mais pour les personnes qui avaient commencé à fumer du cannabis en raison de problèmes de santé mentale ou physique, cette consommation était bien plus élevée : de 248 pour ceux qui souffraient d’anxiété et de 254,7 pour ceux qui souffraient de dépression, soit une hausse de près de 25 %.
Ceux qui avaient commencé à fumer parce qu’un membre de leur famille en consommait aussi avaient les niveaux les plus élevés avec un niveau hebdomadaire équivalent à 286,9 unités de THC.

Le THC aggrave les conséquences des abus émotionnels et des conflits familiaux
Les données de Cannabis & Me ont donné lieu à une autre étude menée par les mêmes chercheurs sur la même cohorte, mais cette fois destinée à explorer la relation entre traumatismes subis pendant l’enfance, paranoïa et niveau de consommation de cannabis.
Publiés dans la revue Psychological Medicine, les résultats montrent d’abord que 52 % des volontaires ont déclaré une forme de traumatisme pendant leur enfance. Ceux-ci avaient des niveaux moyens de paranoïa plus élevés que ceux qui n’avaient pas été traumatisés. Il apparaît que les abus physiques et émotionnels sont les facteurs prédictifs de paranoïa les plus forts.
Plus intéressant : le lien entre traumatismes subis pendant l’enfance et paranoïa s’avérait exacerbé par la consommation de cannabis, mais il était aussi dépendant du type de traumatisme subi. Ainsi, chez ceux qui avaient subi des abus émotionnels ou des conflits familiaux, il existait une relation très étroite entre consommation accrue de THC et scores de paranoïa. Au contraire, chez ceux qui avaient été victimes d’intimidation, d’abus physiques, d’abus sexuels, de négligence physique et de négligence émotionnelle, ce lien était moins fort.
Pour le Dr Giula Trotta, la première auteure de cette étude, ces conclusions « auront des implications claires pour la pratique clinique, car elles soulignent l’importance d’un dépistage précoce de l’exposition aux traumatismes chez les personnes présentant des symptômes de paranoïa ».
Source : https://www.futura-sciences.com/