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Les édulcorants sont-ils plus nocifs que les vrais sucres ?

Michel Lemaire, de Comines-Warneton, nous a posé cette question : « J’entends souvent dire, même par des professionnels de la santé, que les édulcorants sont plus nocifs que les vrais sucres ! Qu’en est-il ? »
La réponse à cette question est complexe. L’appellation « édulcorant », en langage populaire, le « faux sucre », recouvre différents types d’additifs. Les édulcorants peuvent être produits de différentes manières : par exemple, par extraction de plantes, comme l’extrait de stévia (glycosides de stéviol) ou de façon synthétique, comme la saccharine ou l’aspartame. Ce sont donc des substances qui toutes, ont un pouvoir sucrant, mais de composition chimique différente.
Lorsque ce pouvoir sucrant est très élevé, on parle d' »édulcorants intenses ». Ils sont autorisés et réglementés en Europe en tant qu’additifs pour notre alimentation. Ils contiennent très peu de calories, voire pas, et l’industrie les utilise pour remplacer les sucres « naturels » dans certains produits allégés.
Pour tous ces produits, une dose journalière admissible (DJA) est déterminée par l’Union européenne. C’est la dose maximale à consommer par jour, sans nuire à notre santé.
L’aspartame en ligne de mire
L’édulcorant qui fait le plus polémique est l’aspartame. Il est utilisé dans le monde entier dans plus de 6000 produits alimentaires et boissons : dans les sodas light, les desserts allégés, les chewing-gums sans sucres, notamment. Il a un pouvoir sucrant 200 fois plus important que celui du sucre « naturel » (saccharose) et contient très peu de calories.
Aujourd’hui, la Ligue française contre le Cancer, l’ONG Foodwatch et l’application Yuka réclament l’interdiction de l’aspartame en Europe. Une pétition récoltant 350.000 signatures a été remise à la Commission européenne. Le secteur associatif fonde ses inquiétudes sur le classement réalisé en 2023 par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), selon lequel l’aspartame est « potentiellement cancérigène pour l’homme ». Ceci correspond à une classification dans un groupe dit « 2B » parmi 4 groupes allant de non classifiable à cancérigène. Cette classification est le troisième niveau le plus élevé et est, d’après l’OMS, « utilisée soit lorsque les preuves de cancer chez l’homme sont limitées, mais non convaincantes, soit lorsqu’elles sont convaincantes chez les animaux de laboratoire, mais pas les deux. »
Cependant, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) maintient que l’aspartame est sans danger pour la consommation humaine, à condition de ne pas dépasser la dose journalière admissible (DJA) qui est de 40 mg/kg de poids corporel dans l’Union européenne et de 50 aux Etats-Unis. Cela revient, pour un adulte de 70 kilos, à consommer chaque jour plus de 9 canettes de soda (contenant 300 mg d’aspartame chacune), à supposer que le reste de l’alimentation n’en contient pas.
En Belgique, le SPF Santé publique s’appuie sur cette position européenne et aucun changement réglementaire n’est prévu.
D’autres études qui méritent le détour
Les associations qui alertent sur l’aspartame estiment donc que par précaution, il faudrait l’interdire. Car d’autres études ont révélé une association entre la consommation de cet édulcorant et un risque accru de développer certains cancers et des maladies cardiovasculaires. Parmi elles, deux études de l’institution publique de recherche française, l’Inserm. La première d’entre elles, menée sur plus de 100.000 adultes en France depuis 2009, faisait conclure ceci à la Dr Mathilde Touvier, coordinatrice de l’étude et directrice de recherche à l’Inserm : « Ces résultats ne soutiennent pas l’utilisation d’édulcorants en tant qu’alternatives sûres au sucre et fournissent de nouvelles informations pour répondre aux controverses sur leurs potentiels effets néfastes sur la santé. Ils fournissent par ailleurs des données importantes pour leur réévaluation en cours par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) et d’autres agences de santé publique dans le monde.«
Une étude brésilienne, menée auprès de 12.772 personnes âgées en moyenne de 52 ans, publiée dans la revue médicale de l’Académie américaine de neurologie, suggère également que les personnes qui consomment les plus grandes quantités d’édulcorants présentent un déclin accéléré de leurs capacités de mémoire et de réflexion.
En France également, l’Anses, l’agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail, souligne qu' »aucune donnée solide ne permet d’affirmer que la substitution du sucre par l’aspartame ou d’autres édulcorants intenses ait un réel bénéfice sur le contrôle du poids ou du diabète. » Elle rappelle que l’OMS déconseille leur usage comme moyen de contrôle du poids et de la glycémie.
En conclusion
D’après l’ONG FOodwatch, 27% des Belges consomment de l’aspartame tous les jours et une personne sur deux, plusieurs fois par semaine. Les sodas allégés en sucre représentent aujourd’hui un marché considérable, soit aujourd’hui 40% du chiffre d’affaires de l’industrie des soft drinks.
D’autres études indépendantes à grande échelle sont nécessaires pour pouvoir garantir la sécurité et la santé des consommateurs. A défaut, rappelons que la meilleure option, c’est de diminuer le goût sucré de l’alimentation, dès la petite enfance et que les sodas, même avec du faux sucre, ne remplacent pas l’eau, essentielle.
Source : https://www.rtbf.be/