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Le yogourt est-il «ultra-transformé» ?

L’affirmation: «Je viens de lire un article sur les aliments ultra-transformés. J’ai été surpris d’y lire que ceux-ci pouvaient inclure “les yaourts aromatisés et les pains complets préparés dans le commerce”. Après vérification, mon yogourt nature ne contient que quatre ingrédients alors que mon yogourt à la framboise en contient 16. Est-ce que c’est à ça que ça tient?» demande Michel Renaud, de Charlesbourg.
Les faits
Les «aliments ultra-transformés» sont une catégorie très en vogue en recherche et dans les médias, en grande partie parce que beaucoup d’études ont observé que leur consommation est associée à des problèmes de santé, principalement l’obésité et ses suites, mais aussi certains cancers. Mais c’est aussi une catégorie qui a essuyé sa part de critique en science. Et le yogourt illustre justement très bien pourquoi, comme on va le voir.
Il existe plusieurs définitions d’ultra-transformé, mais la plus utilisée est l’échelle Nova, qui range les aliments en quatre catégories : 1) les aliments minimalement ou pas du tout transformés (fruits et légumes, noix, œufs, grains entiers et leurs farines, etc.) ; 2) les huiles, gras, sucres et sels ; 3) les aliments transformés, mais pas trop (conserves, fromages frais, viandes fumées, noix salées, etc.) ; et 4) les aliments ultra-transformés, qui comprennent des ingrédients qui ont été dérivés industriellement d’autres sources (protéines, gras hydrogénés, saveurs artificielles, etc.) et dont la fonction est de rendre ces produits plus agréables au goût ou en texture.
D’un extrême à l’autre
Dans tout cela, le yogourt se situe… eh bien il peut littéralement se situer aux deux extrémités du spectre. S’il est non sucré, la classification Nova le place dans le groupe «minimalement ou pas du tout transformé». S’il est sucré et/ou contient des additifs de saveur ou de texture, il passe instantanément à l’autre extrême: ultra-transformé.
Un peu mêlant, vous dites? Ça l’est. Et on touche justement, ici, à l’une des principales critiques qui ont été formulées contre le système Nova: d’amalgamer des aliments que l’on sait nocifs (boissons gazeuses, collations très salées, etc.) avec «des aliments nutritionnellement sains comme le yogourt et certaines céréales», soulignait l’an dernier une revue de la littérature scientifique parue dans Advances in Nutrition.
En fait, dit Benoît Lamarche, chercheur en nutrition à l’Université Laval, «même les études faites aux États-Unis, où le yogourt est sucré depuis longtemps, montrent des bienfaits pour la santé». Par exemple l’une d’elles, que M. Lamarche a cosignée, a trouvé que pour chaque demi-portion de yogourt consommée par jour (en moyenne pendant quatre ans), le risque de diabète diminue de 11 %.
D’autres ont montré que la consommation de yogourt est associée à un plus faible risque cardiovasculaire aux États-Unis, et des résultats semblables ont été obtenus dans bien d’autres pays.
Le même principe vaut d’ailleurs pour le pain brun: «Il y a pas mal d’études qui ont montré que les consommateurs de pains à grain entier sont moins à risque de diabète, mais souvent les compagnies y ajoutent un certain nombre de produits pour le goût et la texture, alors c’est considéré comme ultra-transformé même si c’est clairement un aliment sain», dit M. Lamarche.

D’autres ont également souligné certaines incohérences dans le concept d’ultra-transformé, comme le fait que le yogourt grec est plus transformé que le yogourt régulier — ça prend une étape de plus pour le rendre plus épais —, mais qu’il est quand même considéré comme encore meilleur pour la santé parce qu’il est plus riche en protéine et, souvent, plus faible en gras.
Valeur scientifique
Mais ça ne veut pas dire que la catégorie ne vaut rien. «Ça a quand même une valeur scientifique d’étudier l’alimentation sous cet angle-là, maintient M. Lamarche. Il y a des études qui ont conclu qu’il y aurait plus d’additifs qu’on pense dans notre alimentation, et qui ont lié des très fortes consommations de certains additifs, surtout des émulsifiants, à des problèmes de santé comme le diabète et le cancer. Donc la catégorie ultra-transformés permet de poser des questions légitimes.»
Mais on ne sait pas encore, au juste, comment expliquer les associations qu’on observe avec des problèmes de santé. Si les coupables sont certains additifs, il suffirait de les remplacer pour régler le problème. Si c’est parce que ces aliments sont particulièrement sucrés et/ou salés — et ils le sont: c’est la principale source de sucre et de sel au Canada, dit M. Lamarche —, alors il s’agit d’un problème déjà connu qui n’a pas grand-chose à voir avec le degré de transformation.
On devrait en savoir plus long dans les prochaines années. M. Lamarche a justement lancé ce printemps une étude qui vise à départager la part du sucre et du sel dans les effets nocifs des aliments ultra-transformés.
Verdict
«Noui», si on me prête l’expression. Le yogourt nature, sans additif, est considéré comme un aliment «peu ou pas transformé». S’il contient du sucre ou d’autres additifs, alors il passe dans la catégorie «ultra-transformé». Mais dans tous les cas, il s’agit d’un aliment sain, contrairement à ce que cette catégorisation laisse entendre.
Source : https://www.lesoleil.com/