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Le mimosa, cette star des jardins qui cause des ravages

– © Philippe Turpin / Photononstop / Photononstop via AFP
Très prisé en hiver, le mimosa cause des ravages dans certaines régions méditerranéennes où le climat lui est favorable. Pas de panique, il existe des moyens simples pour se prémunir de son caractère expansif.
Avec son parfum de miel et ses boules duveteuses d’un jaune éclatant, il illumine les mois d’hiver. Le mimosa, « un feu d’artifice qui annonce le printemps », selon les mots de Julien Cavatore. Au téléphone, le pépiniériste installé dans le Var ne tarit pas d’éloges sur cet arbre « généreux » et « facile à cultiver ». Si prodigue, cependant, qu’il a fini par s’étendre au détriment de la flore environnante.
À quelque 60 km de la pépinière Cavatore, Bénédicte Cornuault se bat en effet sans relâche contre le mimosa d’hiver – Acacia dealbata, l’espèce la plus connue parmi les 1 300 existantes à travers le monde. « Cet arbre a une colonisation très rapide, et crée des mimosaies très denses, sans laisser de chances à la flore locale de s’y maintenir », explique cette spécialiste.
L’arbre peut en effet drageonner — en clair, produire de multiples rejets, à partir de son système racinaire. Et bourgeon sur le gâteau, il émet des substances toxiques limitant la croissance de la végétation alentour.
Avec le Conservatoire des espaces naturels — dont elle est salariée — Bénédicte Cornuault tente ainsi de limiter son expansion au sein du massif de l’Estérel, aux portes de Fréjus. « On a des oueds à lauriers roses, très rares à l’état sauvage, et un maquis avec du ciste crépu qui sont directement menacés, souligne-t-elle. La faune ne s’y retrouve pas non plus, en particulier la tortue d’Hermann, l’unique tortue terrestre sauvage vivant en France, qui a besoin de milieux plus ouverts. »
Des campagnes de coupe et de dessouchage
Originaire d’Australie, le mimosa fut amené en France au début du XIXe siècle par l’explorateur Nicolas Baudin. Planté dans les jardins du château de l’impératrice Joséphine de Beauharnais, l’arbre séduisit les parfumeurs. À la fin du siècle, il fut massivement planté sur la Côte d’Azur, où le climat lui était favorable.
La plante a si bien conquis le pourtour méditerranéen qu’elle est désormais classée par les scientifiques comme envahissante. « Il est aussi hautement inflammable et très allergène », ajoute Bénédicte Cornuault. Le Conservatoire mène donc chaque année des campagnes de coupe et de dessouchage, afin d’enrayer son expansion.
Ailleurs, les méfaits de l’arbre sont bien documentés. Au Cap Lardier (Var), il concurrence directement plusieurs espèces d’orchidées locales, telle l’orchis de Provence (Orchis provincialis) ou le sérapias négligé (Serapias neglecta). Au Portugal, la croissance rapide des acacias a réduit significativement la couverture et la richesse végétales, d’après une étude scientifique.
« Avec un mimosa greffé, il ne devrait pas y avoir de problème »
Malgré ces dégâts, le mimosa d’hiver reste une star des jardineries. Il n’est en effet pas restreint à la vente, à l’inverse de ses cousins, l’acacia noir et le mimosa bleuâtre. « Seules les variétés Acacia mearnsii et Acacia saligna sont réglementées au niveau européen, précise Arnaud Albert, référent national Plantes exotiques envahissantes à l’Office français de la biodiversité. Elles sont donc interdites de toute activité : introduction, achat, vente, détention, utilisation. »
Mais alors, doit-on se détourner de ce flamboyant végétal ? « Pas du tout », affirme Julien Cavatore : « Il peut être envahissant mais uniquement là où les terres sont acides, siliceuses. » À l’opposé, sur sol calcaire, l’arbre peine souvent à se développer.
Surtout, les pépiniéristes assurent avoir la solution : « On greffe le mimosa d’hiver sur d’autres variétés d’acacias plus adaptées et non invasives », explique ce professionnel, qui privilégie le mimosa des quatre saisons (Acacia retinodes) comme porte-greffe.
Même son de cloche au Jardin écologique de Myriam Quissac, dans le Gard : « Si vous achetez un mimosa greffé, il ne devrait pas y avoir de problème, insiste-t-elle. Mais il faut faire attention, car les mimosas d’hiver ‘classiques’, issus de boutures, sont bien moins chers. » Avant de se ruer vers les fleurs jaunes, vérifions donc l’étiquette !
Source : https://reporterre.net/