

Ce territoire est illégalement annexé depuis 1975 par le Maroc, qui y cultive dans des conditions peu écologiques des légumes destinés à l’exportation, facilitée par un nouvel accord commercial agricole avec l’Union européenne.
Vous les avez sûrement croisées au supermarché : des tomates cerises en barquette plastique à prix cassé, en provenance du Sahara ou du Maroc. Elles bénéficient d’un accord commercial passé entre l’Union européenne et le royaume chérifien, initialement entré en vigueur en 2012, et mis à jour en octobre dernier. Une situation problématique au regard des droits du peuple sahraoui et de la gestion des ressources en eau, relate Reporterre.
Il faut dire que depuis le départ des Espagnols en 1975, l’ancienne colonie du Sahara occidental est occupée illégalement par le Maroc, et considérée comme un territoire « non autonome » (donc à décoloniser) par les Nations Unies. Le principal mouvement politique indépendantiste, le Front Polisario, y revendique depuis un demi-siècle la création d’un État souverain, la République arabe sahraouie démocratique.
Tromperie sur la marchandise
« Jusqu’à récemment, les tomates cerises sahraouies étaient étiquetées comme provenant du Maroc, rappelle Reporterre. Il était donc impossible pour les consommateurs de distinguer celles provenant du Maroc de celles cultivées au Sahara occidental, dans des conditions sociales et environnementales que certaines associations qualifient de désastreuses. »
Les avocats des indépendantistes sahraouis, soutenus par la Confédération paysanne, ont donc attaqué le première mouture de l’accord commercial européo-marocain devant la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE), qui l’a invalidée en octobre 2024. Selon les juges européens, il n’informait pas correctement les consommateurs sur la provenance des produits agricoles et avait outrepassé le droit à l’autodétermination du peuple sahraoui.
Consécutivement à ce revers, la Commission européenne a revu sa copie et un nouvel accord est entré en application provisoire début octobre. Les fruits et légumes cultivés dans le territoire non autonome sont désormais estampillés « Laâyoune-Sakia El Hamra » ou « Dakhla-Oued Eddahab », les noms donnés au Sahara occidental par les autorités marocaines : pas spécialement limpide pour le consommateur. Des légumes produits au Sahara seraient aussi transportés au Maroc pour y être estampillés « Maroc ».
Tomates sécheresse
« Pour cultiver des tomates en plein désert, il faut de l’eau. Les agro-industriels de la région puisent aujourd’hui dans les nappes phréatiques, dénonce Reporterre. Jusqu’à quand ? Personne n’est en mesure de répondre exactement à la question, pas même la Commission européenne, qui ‘n’a pas été en mesure de déterminer le volume d’eau des nappes phréatiques qui pourrait être utilisé à des fins d’irrigation’. »
Face à un risque de sécheresse d’ici 2030, les producteurs misent sur le dessalement de l’eau de mer. Ces cultures intensives sous serres de plastique, similaires à celles que l’on trouve en Espagne dans la province d’Almería, reposent aussi sur l’utilisation de pesticides et d’engrais chimiques, ainsi qu’une main-d’œuvre saisonnière féminine et sous-payée.
Néanmoins, la Commission européenne n’a obtenu aucune information du Maroc sur les conditions sociales et écologiques de la production de ces problématiques tomates.
Source : https://www.geo.fr/