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La plus grande banque de graines sauvages au monde veille sur la biodiversité depuis 25 ans

Le trésor discret et essentiel de la Millennium Seed Bank, niché dans un souterrain à Wakehurst, au sud de Londres, est la plus grande banque mondiale de graines sauvages. Elle conserve et protège plus de 40’000 espèces, soit près d’un cinquième du patrimoine végétal de la planète.
Aujourd’hui, la diversité génétique des plantes devient une ressource stratégique. Faute de variabilité génétique, certaines cultures, parmi les plus répandues, sont exposées à des maladies auxquelles elles ne peuvent résister. Par exemple, la populaire banane Cavendish est menacée par le champignon Fusarium oxyporum.
Dans ce contexte, les espèces sauvages, souvent plus résistantes, peuvent fournir les gènes nécessaires pour développer des variétés capables de mieux affronter ces menaces. En les conservant, la Millennium Seed Bank préserve un réservoir de solutions face aux crises agricoles de demain.
Plus d’un milliard de ces graines sont ainsi conservées à l’abri sous terre dans une véritable forteresse, au cœur des jardins de Wakehurs, dans le Sussex. « La banque de semences a été creusée dans un gigantesque bassin recouvert de béton. Elle a été conçue pour résister aux bombes, aux radiations et même à l’impact d’un avion, car nous sommes assez proches de l’aéroport de Gatwick », explique Louise Colville, directrice de recherche à la Millennium Seed Bank, lundi dans l’émission Tout un Monde de la RTS.

De la forêt au congélateur, le voyage des graines
Pour Louise Colville, ce réservoir végétal est bien plus qu’un simple stock de graines: c’est une véritable assurance-vie pour la planète: « Quelque 45% des espèces sont menacées de disparition, le temps presse pour les sauver de l’extinction. »
« Il n’est pas toujours possible de mener ce travail de conservation dans leur environnement naturel, qui n’est plus forcément adapté ou qui a souffert de déforestation »
Louise Colville, directrice de recherche à la Millennium Seed Bank
Face à cette urgence, malheureusement, « il n’est pas toujours possible de mener ce travail de conservation dans leur environnement naturel, qui n’est plus forcément adapté ou qui a souffert de déforestation », explique la directrice de recherche à la Millennium Seed Bank.
Les graines arrivent donc du monde entier, car près de 190 pays collaborent avec l’institution. Avant d’être mises en conservation, elles passent par un processus rigoureux. Une fois nettoyées et séchées pendant plusieurs semaines, les graines sont ensuite congelées afin de garantir leur longévité. « Cet environnement sec a un autre avantage: il permet de tuer les parasites qui arrivent avec les graines. Cela réduit le risque d’infestation, qui serait fatal pour les graines », explique Louise Colville.
Des graines testées pour survivre à l’extrême
Enfin, avant d’être stockées, les graines sont passées au rayon X pour vérifier leur viabilité. Celles qui passent le test sont placées dans des bocaux en verre, puis conservées à -20 degrés. Mais seules les graines appelées « semences orthodoxes » peuvent être ainsi conservées.
« Environ 50% des arbres tropicaux produisent des graines qui ne peuvent pas être séchées et donc nous ne pouvons pas les stocker dans une chambre froide »
Louise Colville, directrice de recherche à la Millennium Seed Bank
Dans les forêts tropicales, notamment humides, environ 50% des arbres produisent des graines qui ne peuvent pas être séchées et donc nous ne pouvons pas les stocker dans une chambre froide », souligne Louise Colville. Pour ces espèces, la Millennium Seed Bank utilise et explore d’autres techniques, comme la cryoconservation à -196 degrés, à base d’azote liquide, une méthode encore en développement.
Avec près de 2,5 milliards de graines conservées, depuis 25 ans, l’institution constitue une ressource précieuse pour la recherche scientifique. Pour mieux comprendre comment les semences réagissent à des environnements hostiles, les équipes testent leur résistance à différents types de stress, comme la chaleur, les radiations ou l’absence de gravité. Ces recherches permettent d’anticiper leurs aptitudes de survie dans des environnements extrêmes.
Sujet radio: Catherine Ilic
Adaptation web: Miroslav Mares
Source : https://www.rts.ch/