

Les espèces exotiques envahissantes ou « invasives » constituent l’une des plus graves menaces sur la biodiversité à travers la planète. Qu’est-ce qui rend certaines plantes davantage susceptibles de s’implanter hors de leur aire de répartition d’origine ? Une étude apporte des réponses.
Plus de 37 000 au total, et 200 supplémentaires chaque année : c’est le nombre d’espèces « exotiques » – c’est-à-dire introduites par l’Homme hors de leur aire de répartition initiale – au niveau mondial (IPBES, 2023).
Si la plupart s’intègrent sans heurts dans leur écosystème d’accueil, une minorité provoque toutefois un déséquilibre écologique. Ainsi, parmi toutes les plantes exotiques recensées, seulement 6 % sont devenues envahissantes ou « invasives », contre 22 % des invertébrés exotiques (vers, mollusques, etc.) par exemple.
Mais qu’est-ce qui fait que certaines voyageuses parviennent à s’implanter, et d’autres non ? C’est la question à laquelle a tenté de répondre une équipe de recherche internationale dirigée par des scientifiques de l’université de Constance en Allemagne. Leurs résultats sont parus le 5 septembre dans la revue Nature Communications (R. Paudel et al. 2025).
De grande taille, polyvalente et très compétitive
Le vieux continent ayant été – et étant toujours – l’un des principaux exportateurs mondiaux de plantes, l’étude compare la propagation locale et mondiale de quelque 3 920 espèces végétales provenant d’une dizaine de pays et régions du nord-ouest de l’Europe.
D’après les résultats obtenus, de nombreuses plantes européennes réussissant à s’implanter dans de nouveaux écosystèmes sont également des espèces qui s’étendent rapidement dans leur région d’origine. À l’inverse, les végétaux en déclin dans leur aire de répartition initiale parviennent rarement à proliférer loin de leurs « racines », si l’on peut dire.
Ainsi, les mêmes caractéristiques pourraient expliquer à la fois la réussite des plantes dans leur habitat d’origine et à l’étranger, suggère l’étude. « En général, ce sont des espèces généralistes de grande taille, écologiquement polyvalentes, très compétitives et qui préfèrent les habitats riches en nutriments », décrit Rashmi Paudel, premier auteur (communiqué).
Question de profil… ou de probabilité ?
Toutefois, si les « pressions sélectives » ayant rendu certaines espèces communes dans leurs régions d’origine les ont peut-être également prédisposées à envahir d’autres milieux avec succès, le chercheur soulève aussi une autre hypothèse : statistiquement, les plantes les plus abondantes étaient peut-être également « plus susceptibles d’être récupérées, transportées et introduites ailleurs », admet-il.
En 2022, une étude avait montré comment les plantes exotiques pouvaient refléter la colonisation par les Empires européens. Les cales des navires en partance du vieux continent renfermaient en effet des graines destinées à s’assurer de futures récoltes, mais aussi, par exemple, à reproduire l’esthétique des jardins occidentaux.
Sur place, les plantes importées s’échangeaient ensuite préférentiellement entre des territoires colonisés par la même puissance : « Par conséquent, (…) ces régions sont devenues plus similaires entre elles en termes de flore par rapport aux régions extérieures – un processus d’autant plus intense que l’occupation a été longue », expliquait l’auteur principal Bernd Lenzner (université de Vienne).
Source : https://www.geo.fr/