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Crabe bleu : Quand les femmes tunisiennes transforment une menace en trésor culinaire

Depuis son apparition en 2014 sur les côtes tunisiennes, le crabe bleu, espèce invasive venue de la mer Rouge via le canal de Suez, s’est rapidement imposé comme un véritable fléau. Destruction des filets, baisse des captures, agacement des pêcheurs : « accablés par les pinces coupantes de ces décapodes », comme le décrit l’ouvrage De l’invasion à l’assiette, les professionnels de la mer se retrouvent impuissants face à une prolifération incontrôlable.
L’espèce ne se contente pas de nuire à l’économie locale. Elle bouleverse aussi la biodiversité : les crabes bleus s’attaquent à d’autres organismes marins et participent à la raréfaction de certaines espèces. Dans un contexte de changement climatique et d’augmentation du nombre d’espèces exotiques en Méditerranée, ce phénomène est loin d’être isolé.
Une réponse tunisienne fondée sur l’adaptation
Face à cette menace, la Tunisie a opté pour une approche proactive. À travers le projet BLEU-ADAPT, une coopération entre la Tunisie et l’Italie financée par l’Union européenne, un ensemble d’acteurs – institutions, chercheurs, pêcheurs, citoyens – a décidé de ne pas subir l’invasion mais de la gérer intelligemment.
Un des moments forts de cette stratégie a été la création du Festival international du crabe bleu, piloté notamment par le Ministère de l’Agriculture et l’Institut National Agronomique de Tunisie. L’objectif ? Sensibiliser, mobiliser et surtout valoriser l’espèce sur le plan économique et culinaire.
Les femmes tunisiennes en première ligne
Dans cette dynamique, le livre De l’invasion à l’assiette insiste sur un point souvent négligé : le rôle central des femmes.
« Rien, pourtant, dans cette résistance à armes inégales, n’aurait été possible sans la communauté des femmes tunisiennes », lit-on dans l’ouvrage. Épouses et filles de pêcheurs, touchées directement par la baisse des revenus, elles ont joué un rôle actif dans la transformation du crabe en ressource culinaire.
Elles ont exploré des recettes, testé des cuissons, proposé des modes de préparation – jusqu’à cuisiner les œufs de crabe à la vapeur en version “caviar tunisien”. Une résilience féminine célébrée à juste titre dans l’ouvrage scientifique, coécrit par des chercheurs tunisiens et italiens.
Une longueur d’avance sur la France ?
Selon certains experts, la Tunisie serait même plus avancée que la France dans la gestion de cette espèce. Si cette affirmation mériterait d’être confirmée par des données comparatives, elle reflète néanmoins un effort national structuré pour encadrer une situation souvent ignorée ailleurs.
Une leçon de durabilité
Ce que démontre l’expérience tunisienne, c’est qu’une espèce invasive n’est pas nécessairement un désastre à subir. Avec une stratégie de gestion concertée, une valorisation économique locale et un ancrage communautaire fort – notamment féminin –, il est possible de convertir une crise écologique en opportunité de développement.
Source : https://www.tunisienumerique.com/