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Contre le cancer, la potion magique de la médecine anthroposophique

LA FIÈVRE DU MARDI SOIR. L’Autrichien Rudolf Steiner ne connaissait rien à la médecine, mais prétendait pouvoir traiter le cancer avec des injections de gui. Certains y croient encore.
L’attitude méprisante de nos contemporains à l’égard des savoirs anciens est d’une arrogance crasse qui, dans le domaine de la médecine, nous conduit à ignorer les vertus insoupçonnées de remèdes du passé. Big Pharma, craignant pour son business, n’est certainement pas étrangère à ce dénigrement systématique de solutions médicinales concurrentes, éprouvées et peu coûteuses.
Le gui, plante sacrée et éminemment symbolique, serait ainsi l’archétype de ce gâchis organisé de la pharmacopée traditionnelle. Si ses pouvoirs extraordinaires font de lui l’ingrédient indispensable d’une potion magique préparée par le druide Panoramix, dans les aventures d’Astérix et Obélix, c’est pour mieux les moquer par le subterfuge de la caricature. Et ainsi on dissimulerait ses véritables bénéfices thérapeutiques, notamment… dans le domaine du cancer. L’homme moderne fait peu cas de cet adage de la sagesse populaire : « Si c’est utilisé depuis des millénaires, c’est bien que ça marche, hein ! »
Le gui, lui, a traversé les âges avec constance, toujours à portée de main de ceux qui soignent, qu’ils soient appelés druides, chamanes, guérisseurs ou encore médecins. La compréhension profonde de ses vertus n’est pas à la portée de l’intelligence ordinaire, d’êtres pusillanimes, de curieux à l’esprit étroit. Celui qui veut connaître la plante, qui espère en percer les secrets, les mystères, les vérités cachées, doit d’abord oublier la science et tout ce qu’il croit savoir sur le monde tel qu’il observe. Car les pouvoirs du gui ne sont pas moléculaires mais spirituels. Ils ne sont pas inscrits dans la chimie, mais dans les forces subtiles et insaisissables de la Nature.
Et Steiner inventa l’agriculture biodynamique et la médecine anthroposophique
C’est l’Autrichien Rudolf Steiner qui, le premier, l’a compris au début du XXe siècle. Savant universel et polygraphe, il est notamment connu pour être le père de l’agriculture biodynamique, alors qu’il ignorait tout de l’agronomie. C’est dire le génie. Ses détracteurs prétendent que c’est aussi la raison pour laquelle aujourd’hui encore, sans trop savoir pourquoi, les agriculteurs en biodynamie passent l’hiver à enterrer des cornes de vache remplies de bouse, cultivent les sols en fonction des cycles lunaires ou encore dansent devant leurs pommiers pour modifier la saveur des fruits.
Ignorant tout de la science du corps humain et de son fonctionnement, Steiner invente pourtant la médecine anthroposophique, une approche thérapeutique qu’il fonde sur l’occultisme, l’ésotérisme et la spiritualité. En quelques années, il remet tout à plat et efface l’héritage d’Hippocrate et les siècles de connaissance, pour restaurer l’idée que la maladie puise ses origines dans le surnaturel.
Jamais à court d’imagination, il redéfinit au passage l’homme, qu’il considère composé non d’un corps, mais de quatre, chacun associé à une dimension particulière et acquis au cours de quatre réincarnations : le corps physique est matériel, le corps éthérique est végétal et associé à la prolifération de la vie, le corps astral étant l’animal et le régulateur du corps éthérique, et enfin le « Moi », la conscience, chargée de chapeauter tout ça.
Rudolph Steiner, la pensée magique
Cette histoire de corps éthérique, astral et de réincarnations pourrait donner l’impression que Steiner vivait dans une sorte de monde parallèle, qu’il était un peu perché, dirait-on aujourd’hui. Mais sa pensée s’éclaire quand il redéfinit le cancer : un déséquilibre où le corps éthérique – celui de la prolifération – n’est plus contrôlé par le corps astral – celui de la régulation. Vous voyez l’analogie ? Le corps éthérique, c’est le cancer qui ne serait plus contrôlé par le corps astral. C’est pourquoi le gui est perçu comme un traitement anti-cancer : selon le savant autrichien, cette plante posséderait un corps astral « pur », capable de restaurer l’équilibre perdu. Brillant.
De ce postulat fondateur, le gui est devenu pour la médecine anthroposophique une sorte de remède sacré que quelques savants anthroposophes tentent de rationaliser pour le faire correspondre aux canons de la science moderne. En 2025, il est encore commercialisé sous son nom latin « Viscum album » ou « extrait de gui fermenté », sous forme d’ampoules injectables. Ainsi, Steiner serait victime du « scientisme » de la médecine conventionnelle, obsédée par les preuves. La Cochrane, cette organisation internationale indépendante à but non lucratif qui promeut justement la médecine fondée sur les preuves, en est l’une des représentantes zélées. Dans une revue de la littérature scientifique, publiée en 2020 et intitulée « Traitement à base de gui chez les patients cancéreux », elle affirme que le gui n’apporte aucun bénéfice pour la survie et le bien-être des malades.
Steiner se serait-il trompé ? Ce n’est qu’une question de points de vue : celui de la pensée magique contre celui de la science. Pour l’un, tout est possible, qu’importe le réel, pour l’autre tout doit être démontré avec rigueur. L’un est merveilleux, l’autre, austère. Si notre siècle semble donner raison à la médecine basée sur les preuves, les siècles à venir pourraient céder au génie de l’anthroposophie. Steiner n’est pas parti sans laisser un dernier message, un oracle karmique : il a prédit trois incarnations à venir. La médecine anthroposophique n’a pas fini de progresser.
Source : https://www.lepoint.fr/