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Comment les abeilles choisissent-elles leur reine ?

Dans une ruche, la reine n’est ni tirée au sort ni élue par ses sujets ! La colonie orchestre un véritable ballet biologique où tout se joue dans le secret des alvéoles. Signaux invisibles, sélection des descendants, architecture des cellules et nourriture aux pouvoirs extraordinaires s’associent pour transformer une simple larve en souveraine féconde. Découvrons comment les ouvrières élèvent une abeille ordinaire au rang de reine.
Pourquoi une colonie remplace-t-elle sa reine ?
La ruche remplace sa reine uniquement lorsque la situation l’exige. On recense 3 cas susceptibles de déclencher ce processus :
L’âge
Au fil des saisons, la ponte de la reine ralentit, la réserve de spermatozoïdes s’épuise progressivement et la diffusion des phéromones royales diminue. Ces substances chimiques maintiennent la cohésion de la colonie et empêchent les ouvrières de développer leurs ovaires. Dès que leur concentration chute, les nourrices perçoivent le changement et déclenchent le remérage, c’est-à-dire le remplacement de la reine.
L’essaimage
Au printemps, lorsque la population atteint un seuil critique et que les ressources florales abondent, la colonie prépare une division. L’ancienne reine quitte la ruche avec une partie des ouvrières pour fonder un nouvel essaim. Avant ce départ, les abeilles préparent plusieurs cellules royales afin d’assurer la descendance.
L’orphelinage
La mort soudaine ou la disparition de la reine (prédation, maladie ou manipulation humaine) supprime brutalement les phéromones royales. En quelques heures, l’agitation augmente. Les nourrices – jeunes abeilles âgées de 3 à 12 jours – doivent rapidement sélectionner deslarves pour garantir la succession.
D’où viennent les futures reines ?
Lors de ses vols nuptiaux, la reine stocke le sperme glané auprès de plusieurs mâles (ou faux-bourdons) provenant d’autres ruches. Pendant la ponte, elle choisit de féconder ou non chaque embryon. Les œufs fécondés donnent naissance à des femelles – ouvrières ou reines selon leur alimentation – et les non fécondés produisent des mâles. Ainsi, aucune différence génétique fondamentale ne distingue les femelles au moment de l’éclosion. Nous allons découvrir ci-dessous comment les nourrices vont ensuite modifier la nature.
Comment les ouvrières choisissent-elles leur future reine ?
Lorsque l’élevage royal s’enclenche, les nourrices inspectent méthodiquement les cellules pour choisir entre 3 et 5 larves femelles très jeunes. L’âge constitue un critère décisif. Les abeilles privilégient en effet des larves vigoureuses, issues d’une ponte récente, idéalement moins de 24 heures après l’éclosion, en tout cas avant 3 jours. À ce stade, les organes reproducteurs restent encore flexibles et peuvent se développer pour devenir ceux d’une reine. Au-delà, la différenciation vers le statut d’ouvrière progresse et réduit le potentiel royal. Dès lors, les nourrices agrandissent la cellule autour d’elles ou en construisent une nouvelle, plus vaste et orientée verticalement. Cette orientation verticale facilitera la métamorphose au stade nymphal tandis que l’espace interne s’adaptera à la taille de la future souveraine. Les larves sélectionnées reçoivent une alimentation exclusive de gelée royale en quantité abondante.
Que contient la nourriture de la future reine ?
Les nourrices transforment le pollen et le nectar qu’elles ingèrent en une substance hautement nutritive via leurs glandes hypopharyngiennes et mandibulaires : il s’agit de la gelée royale. Cette substance de teinte jaunâtre à blanchâtre présente une texture gélatineuse et une saveur acidulée et sucrée. Elle renferme environ 60% d’eau et 40% de nutriments concentrés, comprenant des protéines, dont les MRJP (Major Royal Jelly Proteins) essentielles au développement des ovaires et à la différenciation en reine. Parallèlement, la gelée royale contient des acides aminés, des glucides (fructose et glucose), des lipides (acides gras saturés dont stéarique et palmitique), des minéraux et oligo-éléments (calcium, magnésium, potassium, phosphore, fer, cuivre). Les vitamines B1, B2, B3, B5, B6 et B9 (acide folique), complètent la richesse nutritionnelle de la gelée royale.
Comment la gelée royale transforme-t-elle la larve en reine ?
Chez les larves destinées à devenir reine, la gelée royale provoque une transformation complète. Elle stimule leur croissance et le développement des organes reproducteurs, rendant possible la ponte. Concrètement, cette alimentation modifie l’activité génétique : certains gènes liés à la reproduction s’activent tandis que ceux associés aux tâches d’ouvrières se répriment. Grâce à cette flexibilité, une larve femelle génétiquement identique à une ouvrière peut devenir une reine. En résumé, la gelée royale détermine la longévité, la fertilité et la vitalité de la future souveraine, ce qui explique pourquoi elle peut vivre 5 à 6 ans et pondre des milliers d’œufs alors que les ouvrières, nourries différemment, vivent en moyenne 45 jours.
Comment les jeunes reines éliminent-elles leurs rivales ?
Nous avons vu que les loges royales diffèrent radicalement des alvéoles hexagonales destinées au couvain ordinaire et surtout, que les ouvrières en prévoient plusieurs pour garantir la succession. Toutefois, la coexistence de plusieurs reines compromet la stabilité de la colonie. Par conséquent, la première à émerger parcourt les rayons à la recherche des cellules encore operculées. À l’aide de son aiguillon, elle perce la paroi et tue les larves ou nymphes concurrentes. Si deux reines vierges se rencontrent, un combat s’engage jusqu’à la mort de l’une d’elles. Dans un contexte d’essaimage, les ouvrières peuvent retarder l’affrontement entre jeunes reines en surveillant et en alimentant les larves de manière sélective. De cette manière, le premier essaim quitte la ruche avant que les suivantes ne se battent. Mais, à terme, une seule reproductrice demeure dans la ruche.
Comment une reine prend-elle réellement la fonction royale ?
L’intronisation d’une reine exige plusieurs étapes cruciales qui transforment une larve femelle en l’unique reproductrice de la ruche.
Premiers jours
Après son émergence, la jeune reine consacre plusieurs jours à se développer physiquement et à renforcer ses muscles thoraciques, nécessaires pour le vol nuptial. Elle acquiert également la capacité de produire des phéromones spécifiques qui signaleront sa présence aux ouvrières et réguleront l’activité de la ruche.
Vol nuptial
Au moment venu, la reine entreprend un ou plusieurs vols nuptiaux. Au cours de ces sorties, elle s’accouple avec des faux-bourdons provenant de différentes colonies, récoltant du sperme qui restera viable tout au long de sa vie. Cette polyandrie garantit une diversité génétique maximale pour le couvain futur et renforce la robustesse de la colonie.
La ponte
De retour à la ruche, la reine commence à pondre. Les premiers œufs lancent un nouveau cycle de larves et diffusent ses phéromones dans l’ensemble de la ruche. Les nourrices entourent leur souveraine, la toilettent et la nourrissent afin d’optimiser sa production. Progressivement, sa ponte s’intensifie, pouvant atteindre plusieurs milliers d’œufs par jour lors des pics de saison.
Gestion de la ruche
En parallèle, les phéromones royales stabilisent le comportement des ouvrières, empêchent l’activation de leurs ovaires et coordonnent les tâches de la ruche. À ce stade, la reine occupe pleinement sa fonction : assurer la reproduction, l’ordre et la cohésion de la colonie. Au terme de ces étapes, la jeune femelle accède au trône, sans couronne ni cérémonie.
Source : https://lemagdesanimaux.ouest-france.fr/