Blog / Conseils
Cadmium : gâteaux, pâtes et céréales sucrées… L’alimentation est une source majeure d’exposition
L’Anses appelle à réduire « dès que possible » la teneur en cadmium dans les engrais agricoles. La hausse de l’exposition à ce métal toxique, via l’alimentation notamment, présente de nombreux risques pour la santé.
C’est une exposition diffuse qui touche petits et grands, chaque jour de l’année. Les Françaises et Français ingèrent d’infimes quantités de cadmium dans la plupart des denrées de base de leur alimentation : pommes de terre, pain, gâteaux, viennoiseries, céréales du petit déjeuner, pâtes, riz et même certains légumes. Ce métal toxique est en passe de devenir un problème sanitaire.
Dans une expertise rendue publique le 25 mars, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) s’alarme, une fois de plus, de la surexposition des Français. Elle appelle à agir « à court terme » : « Si aucune action n’est mise en place, des effets néfastes à terme sont probables pour une part croissante de la population », tranche l’institution scientifique.
« Des effets néfastes sont probables pour une part croissante de la population »
Près la moitié des adultes (47,6 %) présentent déjà un niveau de cadmium dans leur organisme dépassant les valeurs toxicologiques de référence, souligne l’agence sanitaire. Une fois ingéré, ce métal n’est que très faiblement éliminé par l’organisme. « Il faut entre dix et trente ans pour éliminer la moitié de la teneur en cadmium absorbée par l’organisme », a expliqué Géraldine Carne, coordinatrice de l’expertise à l’Anses, lors d’un point presse. Or, la substance est classée cancérogène, mutagène et toxique pour la reproduction. Elle joue aussi un rôle dans l’apparition de maladies rénales et de pathologies osseuses comme l’ostéoporose.
Il faut réduire « dès que possible » la teneur en cadmium des engrais
Le cadmium est présent dans l’air, l’eau et les sols, mais c’est bien l’alimentation qui constitue la source majeure d’exposition des Français — s’y ajoute le tabac pour les fumeurs et les personnes exposées au tabagisme passif. L’Anses préconise d’agir à la source de la contamination. Elle propose un plan d’action, avec pour premier levier la réduction de la teneur en cadmium des engrais agricoles. « Ils entretiennent un cycle de contamination environnementale », explique Géraldine Carne, alors que le cadmium peut déjà être présent naturellement dans certains sols.
Le métal présent dans les fertilisants phosphatés est absorbé par la terre puis capté par les plantes, et finit dans nos assiettes. L’Anses appelle à réduire « dès que possible » la teneur maximale en cadmium des engrais minéraux phosphatés : depuis 2019, elle préconise d’adopter le seuil de 20 mg par kilo. Sans succès : la France autorise encore jusqu’à 90 mg.
Pour cela, deux possibilités : choisir des sources d’approvisionnement contenant moins de cadmium (les engrais marocains, très utilisés en France, présentent des teneurs naturelles élevées), ou recourir à des techniques de « décadmiation » pour réduire la quantité incluse.
Des solutions existent
L’instance préconise un levier d’action complémentaire : la modification des pratiques de culture pour limiter le recours aux engrais. « L’agroforesterie ou l’utilisation de cultures intermédiaires comme le radis permettent de capter le phosphore présent dans les profondeurs du sol », décrypte pour Reporterre Benoît Biteau, agriculteur et député écologiste, très engagé sur le sujet. Ainsi le besoin en fertilisant contenant du cadmium serait moindre. L’Anses demande aussi un soutien au développement de variétés de céréales moins accumulatrices de cadmium.
« Des solutions sont aujourd’hui possibles sans menacer la capacité de production ni même la compétitivité de l’agriculture française, résume Benoît Biteau. Il faut protéger notre santé et celle de nos enfants. » En décembre 2025, il a déposé une proposition de loi visant à une interdiction totale des engrais contenant du cadmium, sans parvenir à la faire discuter dans l’hémicycle. Il travaille désormais sur une version moins radicale : un abaissement progressif de la teneur pour atteindre les 20 mg préconisés par l’Anses en 2030. Il espère ainsi rallier des parlementaires d’autres bords politiques pour obtenir l’examen du texte à l’Assemblée nationale au mois de mai.
En attendant, faut-il s’inquiéter devant son assiette ? Si les solutions sont avant tout « collectives » pour l’Anses, certains conseils pour mieux manger peuvent « contribuer en partie à réduire » l’exposition au cadmium, en plus de leurs bénéfices nutritionnels. Il s’agit de limiter la consommation de gâteaux, biscuits et de céréales sucrées au petit-déjeuner. Et pour le cœur des repas, de penser à remplacer régulièrement les pâtes par des légumineuses.
Source : https://reporterre.net/