Blog / Conseils
Ils ont planté cet arbre contre la désertification… il a tout détruit

Dans la région aride de l’Afar, au nord-est de l’Éthiopie, un arbre importé dans les années 1970 pour combattre la désertification est devenu un fléau écologique et économique. Résistant aux températures extrêmes, cet arbre épineux aux longues branches dévore les ressources en eau, étouffe les pâturages et menace la survie des communautés pastorales. Comment cette solution miracle s’est-elle transformée en catastrophe environnementale ?
L’histoire du prosopis en Éthiopie illustre parfaitement les dangers liés à l’introduction d’espèces exotiques sans analyse approfondie des conséquences écologiques. Importée d’Amérique latine il y a plus de cinquante ans pour stabiliser les sols et fournir de l’ombre dans les zones semi-désertiques, cette plante invasive prolifère désormais de manière incontrôlable. Son expansion menace gravement l’équilibre des écosystèmes locaux et la subsistance des populations qui dépendent de l’élevage.
Une expansion dévastatrice aux conséquences multiples
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : selon des données scientifiques publiées fin 2024, la superficie colonisée par cette espèce a été multipliée par quatre entre 2003 et 2023. Elle couvre désormais près de 20 000 kilomètres carrés dans l’Afar et progresse vers les régions voisines d’Amhara et d’Oromia.
Chaque spécimen peut absorber jusqu’à sept litres d’eau quotidiennement grâce à son système racinaire profond. Cette consommation excessive assèche les terres agricoles et compromet les ressources hydriques disponibles pour les communautés rurales. Les pâturages ont diminué de plus d’un quart en vingt ans, privant les éleveurs de zones essentielles pour nourrir leurs troupeaux.
Hailu Shiferaw, chercheur au Centre éthiopien de ressources pour l’eau et la terre, reconnaît que personne n’avait anticipé ces effets dévastateurs. Le feuillage dense de l’arbre attire également des prédateurs sauvages comme les lions et les hyènes, qui s’attaquent au bétail. Ses épines blessent les animaux d’élevage et ses gousses provoquent des blocages digestifs mortels chez les bovins.

Un coût économique considérable pour les populations locales
Les pertes financières attribuées à cette invasion végétale dans la région de l’Afar atteignent 517 millions d’euros sur trois décennies. Ce montant représente environ quatre fois le budget annuel régional, selon Ketema Bekele, spécialiste en économie environnementale.
Khadija Humed, éleveuse dont le village a été envahi, témoigne de l’appauvrissement généralisé. Alors que les familles possédaient autrefois entre 50 et 100 têtes de bétail, elles peinent désormais à maintenir des troupeaux de taille modeste. Yusuf Mohammed, 76 ans, observe que les animaux affaiblis par les blessures ne peuvent plus parcourir les longues distances nécessaires pour trouver leur nourriture.
L’Ipbes, agence intergouvernementale pour la biodiversité, estime dans son rapport que les espèces invasives coûtent globalement 423 milliards de dollars par an, un montant probablement sous-évalué. Les projections indiquent que d’ici 2060, cette plante pourrait occuper 22 % du territoire éthiopien si aucune mesure drastique n’est prise.
Des initiatives locales face à un défi colossal
Face à cette menace croissante, plusieurs programmes tentent de limiter les dégâts. L’ONG Care mène depuis 2022 des actions concrètes en transformant les parties de l’arbre en ressources exploitables :
– Fabrication de nourriture animale à partir des feuilles séchées mélangées à des céréales.
– Produition de parpaings et de briquettes de charbon.
– Arrachage systématique pour replanter des espèces fruitières génératrices de revenus.
Dawud Mohammed, responsable des opérations sur le terrain, souligne qu’une parcelle nécessite vingt jours de travail intensif pour être débarrassée. Malgré ces efforts, la propagation continue, facilitée par les chameaux qui ingèrent les gousses et dispersent les graines dans leurs excréments.
Les ressources restent largement insuffisantes pour contenir une invasion qui s’étend inexorablement sur les vastes plaines éthiopiennes, menaçant un équilibre écologique fragile et l’avenir de milliers de familles pastorales.
Source : https://www.futura-sciences.com/