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Saviez-vous que la peur a une odeur et qu’elle peut se transmettre comme un virus ?

Si la peur se communique plus facilement que la joie, c’est qu’elle a évolué au gré des millénaires pour nous sauver du danger.
Nous la vivons comme une émotion solitaire, mais la peur est avant tout un mécanisme de survie social. C’est une situation que nous avons tous ressentie au moins une fois, celle d’une angoisse qui ne nous appartient pas : que l’on soit dans un lieu public ou un milieu fermé (l’avion est un excellent exemple), il suffit qu’une seule personne s’affole pour que la tension monte dans le groupe autour d’elle.
Rien d’anormal à cela, c’est un réflexe collectif, ancré profondément dans notre patrimoine biologique, qui servait autrefois à assurer la survie de notre espèce. Même si notre environnement actuel ne nous confronte plus aux mêmes dangers (l’évolution a fait son travail), nos cerveaux sont très sensibles à la peur d’autrui. Pourquoi ? Parce que cette peur collective peut nous inciter à réagir avant même que nous ayons eu le temps de réfléchir. Oui, la peur se transmet, au sens biologique du terme.
Un ancien réflexe que nos sociétés modernes n’ont pas désarmé
« La peur doit être contagieuse », explique Arash Javanbakht, psychiatre à l’université Wayne State et auteur du livre Afraid. « Le système de la peur est primitif : il s’est développé pour répondre à des menaces physiques ». Nous pouvons prendre un exemple un peu caricatural pour comprendre ce qu’exprime Javanbakht.
Vers 150 000 ans avant notre ère, à l’époque où Homo sapiens partageait encore la planète avec les Néandertaliens, la peur fonctionnait déjà comme un signal du collectif. Si un groupe de chasseurs partait poursuivre du gibier, il savait pertinemment qu’il n’était pas seul à traquer : lions, hyènes, léopards et autres féroces animaux rôdaient dans les mêmes plaines.
Leur survie dépendait donc, en partie, de cette vigilance partagée inconsciemment. Si l’un des membres du groupe se crispait, s’arrêtait ou criait, tous les autres comprenaient qu’un danger était proche. Cette réaction grégaire, si ancienne soit-elle, n’a jamais réellement disparu.
C’est toujours ce qui se passe dans notre cerveau aujourd’hui. Percevoir la peur chez quelqu’un d’autre active immédiatement l’amygdale, la région du cerveau responsable de la réponse aux menaces. L’amygdale envoie alors un signal à l’hippocampe pour activer le système nerveux, libérant une vague d’adrénaline qui accélère le rythme cardiaque et la respiration.
Notre organisme peut réagir de plusieurs manières, dont l’une appelée « fight-or-flight », nous donnant l’énergie nécessaire pour faire face au danger ou y échapper.
Chez l’humain comme chez de nombreuses espèces sociales, la peur se propage par imitation. Notre espèce, plus que les autres, a néanmoins appris à lire plus finement les visages et les postures. Lorsqu’une personne manifeste de la peur, notre cerveau simule la même réaction grâce aux circuits de l’amygdale et aux neurones miroirs. Une caisse de résonance émotionnelle qui nous permet non seulement de comprendre la peur d’autrui, mais aussi de la ressentir à notre tour.
Des études ont même montré que nous pouvons développer une peur d’un objet simplement en observant quelqu’un d’autre réagir à celui-ci. Même des visages apeurés, montrés trop rapidement à des participants pour être perçus consciemment, peuvent activer l’amygdale. Cela prouve que la peur peut également se propager inconsciemment, même si nous n’avons pas connaissance de la situation qui l’a provoquée.
L’odeur de la peur
De nombreuses espèces animales, lorsqu’elles sont blessées ou en situation de danger, libèrent naturellement des substances chimiques dans l’air, appelées phéromones d’alarme. Cela leur permet d’alerter leurs congénères et d’augmenter leurs chances de survie face à un danger.
Jusqu’à environ 2002, la plupart des biologistes pensaient que l’homme en était incapable, car notre organe voméronasal (qui détecte ces phéromones) est inactif.. C’est en effet le cas, mais notre cerveau est tout à fait apte à détecter certaines molécules associées au stress ou à la peur, présents dans la transpiration : les chimiosignaux.
Cette étude datant de 2009, publiée dans la revue PLOS One l’a démontré. Des chercheurs ont comparé les réactions cérébrales de volontaires exposés à des échantillons de sueur collectés dans deux contextes : avant un saut en parachute (stress émotionnel intense) et après un exercice physique moins extrême (sueur neutre). Seule la première catégorie a provoqué une activation de l’amygdale, preuve que le cerveau reconnaît et réagit aux signaux chimiques de la peur, même sans perception consciente.
Nous ne sommes bien sûr pas égaux et sensibles de la même manière à la contagion de la peur, qui dépend de trois facteurs principaux : notre génétique, notre capacité empathique et nos expériences. Les personnes ayant traversé des périodes difficiles (guerres, catastrophes naturelles, traumatismes, etc.), tendent à transmettre cette sensibilité à leurs descendants. « Les enfants de survivants de l’Holocauste, par exemple, montrent une vigilance accrue face au danger », note Javanbakht.
Le cerveau humain n’ayant pas évolué aussi rapidement que nos sociétés, le même mécanisme qui permettait à nos ancêtres de survivre s’active encore aujourd’hui, même lorsque le contexte ne s’y prête pas forcément. Notre amygdale ne peut faire la distinction entre une réelle menace ou le sentiment d’un danger. C’est un centre primitif de notre organe cérébral, qui réagit sans analyse : il perçoit la peur, et la transmet, comme un « court-circuit neuronal ». Elle est contagieuse parce que nous en partageons tous le circuit cérébral, qui n’a pas évolué d’un pouce depuis plus de 200 000 ans, période à laquelle la structure de l’amygdale et du système limbique s’est fixée sous sa forme actuelle. Autant dire que nous nous emballons aujourd’hui plus souvent lorsque nous craignons de rater un train que parce qu’un lion de 300 kg est à nos trousses…
– La peur agit comme un signal collectif hérité de la préhistoire, qui nous pousse à réagir avant même de réfléchir.
– Notre cerveau reproduit la peur d’autrui par imitation et par des signaux chimiques imperceptibles, qu’il interprète comme une menace réelle.
– Ce réflexe ancestral, resté inchangé depuis plus de 200 000 ans, continue de s’activer dans des situations anodines de la vie moderne.
Source : https://www.presse-citron.net/