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Désertification et stratégies nationales de réhabilitation des steppes – Le barrage vert : une ceinture aux portes du nord
Sous l’effet combiné de la sécheresse, du surpâturage et de pratiques agricoles inadaptées, la steppe du sud de l’Algérie figure parmi les espaces les plus vulnérables à la désertification. Située à environ 90 km des côtes méditerranéennes, cette zone semi-aride, la plus proche du littoral dans le couloir steppique national, constitue un espace charnière, dont la dégradation menace directement les équilibres écologiques du nord du pays.
Dans la wilaya de Bouira, la progression de la désertification demeure préoccupante. Faiblement arrosée, avec des précipitations oscillant entre 200 et 250 mm par an, la région abrite un couvert végétal adapté aux conditions extrêmes, mais soumis à une pression pastorale de plus en plus forte. C’est dans ce contexte qu’a été relancé le projet du Barrage vert, vaste programme de reboisement et de restauration des écosystèmes steppiques. Deux zones sont particulièrement concernées dans la wilaya de Bouira, à savoir Sour El Ghozlane et Bordj Okhriss, situées à l’extrême sud.
Les opérations, engagées en 2023, ont été lancées depuis la wilaya de Djelfa et progressent à un rythme jugé satisfaisant par les responsables du secteur forestier. Selon des spécialistes et experts forestiers, plus de 25 millions de têtes ovines évoluent en élevage extensif sur des parcours estimés à 32 millions d’hectares. Face à cette pression, la Direction générale des forêts (DGF), en coordination avec les services agricoles, assure le suivi des opérations afin de limiter les dégradations.
«La régénération naturelle des parcours est devenue insuffisante face à la pression exercée. Le suivi des plantations constitue un enjeu central pour la réussite du programme», souligne Mme Saliha Boucharaine, cheffe de service extension du patrimoine et protection des terres au niveau de la Conservation des forêts de Bouira. Notre interlocutrice a rappelé que le choix des espèces et leur entretien, notamment l’irrigation parfois assurée par les bénéficiaires eux-mêmes pour les plantations fruitières, font partie des priorités du programme.
Dans la wilaya de Bouira, la superficie concernée par le Barrage vert atteint 95.807 ha, répartis sur sept communes, dont cinq à Sour El Ghozlane et deux à Bordj Okhriss. Cela représente environ 25% des superficies locales intégrées au programme et près de 3% du dispositif national. «Les interventions s’inscrivent dans une stratégie de réhabilitation à moyen et long termes, rendue plus urgente par les sécheresses successives qui ont accéléré la dégradation des écosystèmes steppiques», a souligné Mme Boucharaine, Cependant, certaines pratiques destructrices ont notamment réduit les capacités naturelles de régénération des sols.
La désertification observée ne correspond pas à une avancée du désert saharien, mais à un processus local de dégradation des terres. Sous l’effet conjugué des facteurs climatiques et humains, les sols perdent progressivement leur fertilité et leur couverture végétale.
Une ambition écologique sur plusieurs générations
Initié en 1970, le Barrage vert visait à l’origine la création d’une ceinture forestière de près de 1.500 kilomètres de long sur environ 20 kilomètres de large, couvrant près de 3 millions d’hectares. Les nouvelles orientations portent désormais cette ambition à environ 4,7 millions d’hectares à l’horizon fixés par les pouvoirs publics. Dans la wilaya de Bouira, le programme de réhabilitation concerne environ 95.000 hectares répartis sur plusieurs communes du sud, dont Dirah, Sour El Ghozlane, Ridane et Hadjra Zerga, El Hakimia, Taguedite et Maâmora. Une enveloppe estimée à plus de 530 millions de dinars a été consacrée dernièrement à cette opération, illustrant son caractère stratégique.
Les actions engagées reposent sur une approche intégrée combinant reboisement, régénération et développement rural. Près de 874 hectares ont été reboisés en trois ans dans le cadre d’un programme global. Ces interventions sont complétées par des opérations sylvicoles et des repeuplements, notamment, de pin d’Alep, de cyprès et de pistachier de l’Atlas, a-t-on précisé. La stratégie actuelle privilégie, selon toujours les responsables du secteur, la diversification des espèces autour de trois axes ; forestier, pastoral et fruitier. Les espèces pastorales visent surtout à renforcer la production de fourrage et à réduire la pression sur les parcours naturels.
Les plantations fruitières concernent des espèces rustiques telles que l’olivier, l’amandier ou le pistachier, adaptées à l’aridité et génératrices de revenus. Cette orientation s’accompagne d’une transition progressive vers l’arboriculture dans certaines zones vulnérables, soutenue par des dispositifs d’irrigation. Sur le plan socio-économique, la stabilisation des populations est indispensable. D’importants programmes destinés à l’agriculture de montagne ont été dégagés ces dernières années. En dépit de ces avancées, les contraintes persistent.
Le surpâturage continue de fragiliser les jeunes plantations, tandis que la rareté de l’eau complique les opérations de reboisement. C’est dans ce contexte que des actions de sensibilisation ont été menées, incitant surtout les bénéficiaires à l’entretien des plantations. Associations, éleveurs et jeunes entrepreneurs ont été appelés à participer activement à la préservation de ces acquis.
Source : https://www.elmoudjahid.dz/