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Une vie insoupçonnée découverte sous le sable du désert d’Atacama

Dans le cadre d’un vaste projet au cœur du désert le plus sec du monde, des spécialistes en zoologie, écologie et botanique ont découvert une surprenante biodiversité souterraine à Atacama. Microscopique, mais indispensable.
Presque aucune pluie, des sols très salés, des écarts de température extrêmes… Le désert d’Atacama, au nord du Chili, est souvent présenté comme l’endroit le plus sec de la planète. Pourtant, une nouvelle étude, publiée au mois de janvier dans la revue Nature, démontre que la vie est loin d’y avoir disparu. Sous la surface, des vers microscopiques, appelés nématodes, se développent en grand nombre. L’équipe internationale qui en a fait la découverte évoque une diversité « bien plus grande que ce que beaucoup de scientifiques imaginaient ».
Les dix chercheurs, dirigés par l’université de Cologne (Allemagne), ont examiné six zones différentes de ce désert parfois comparé à ceux polaires tant ses conditions sont extrêmes. Ils y ont constaté la présence de communautés de nématodes « actives » et « florissantes », dont la répartition géographique dans l’Atacama est « associée à l’altitude, aux gradients climatiques et aux conditions environnementales ».
Des clés pour comprendre les écosystèmes
Les nématodes, ces minuscules animaux ultra-répandus à travers le monde, jouent un rôle essentiel dans nos sols. Ils régulent les populations bactériennes, participent au cycle des nutriments et sont de bons indicateurs de la santé des écosystèmes. On les trouve presque partout sur Terre, dans les sédiments des fonds océaniques jusqu’aux régions arctiques, et même dans les sols salins.
« Les sols sont essentiels au fonctionnement d’un écosystème, notamment pour le stockage du carbone et l’apport en nutriments. C’est pourquoi il est si important de comprendre les organismes qui y vivent, c’est-à-dire les animaux multicellulaires et non les microbes », explique l’un des co-auteurs, le Dr Philipp Schiffer de l’Institut de zoologie de l’Université de Cologne et co-auteur de l’étude. Il ajoute que les données sur les sols des écosystèmes extrêmes comme celui du désert d’Atacama restent « encore rares ».
Reproduction asexuée et survie
Pour mieux comprendre leur survie dans cette contrée hostile, les chercheurs ont prélevé des échantillons de sols dans des dunes de sable, des marais salants, dans des lits de rivières ou encore dans des zones montagneuses. Ils ont observé des clivages nets en fonction des sites analysés.
En altitude, de nombreuses espèces de nématodes se reproduisent sans fécondation, ce qui confirme l’hypothèse jusqu’alors non confirmée selon laquelle « la reproduction asexuée peut offrir un avantage dans les environnements extrêmes ». La biodiversité est également corrélée aux variations d’humidité. Les zones les plus « arrosées » abritent une plus grande variété d’espèces.
Ces résultats prouvent que des écosystèmes stables peuvent exister même dans des zones très sèches, mais ils révèlent aussi une fragilité. « Dans certaines régions étudiées, des chaînes alimentaires simplifiées indiquent que ces écosystèmes sont déjà endommagés », préviennent les auteurs. À l’heure où la sécheresse progresse dans de nombreuses régions du monde, comprendre comment la vie s’adapte dans ces conditions extrêmes, et quels paramètres favorisent son expansion, devient essentiel pour anticiper les effets du changement climatique.
Source : https://www.geo.fr/