Blog / Conseils
Algérie : Safran: «Un gisement encore sous-exploité»

Le safran est «un gisement encore sous-exploité», indique Boukhalfa Laala, expert consultant en agriculture.
La culture du safran, souvent qualifié d’«or rouge», s’impose progressivement comme une filière à fort potentiel pour l’agriculture algérienne. Faible consommatrice d’eau, adaptable aux conditions pédoclimatiques locales et porteuse d’une importante valeur ajoutée, elle pourrait constituer un levier de diversification agricole et d’exportation.

«Le safran fait partie des filières agricoles prometteuses en Algérie»
Boukhalfa Laala, expert consultant en agriculture et ex-PDG du complexe avicole de Batna, analyse les enjeux de cette filière encore émergente et les obstacles qui freinent son essor. Selon lui, «le safran fait partie des filières agricoles prometteuses en Algérie. Sa culture, relativement récente, a commencé à se développer à partir de 2010». Notre interlocuteur souligne que cette plante «s’adapte à différents types de sols et de climats, avec toutefois une préférence pour les sols bien drainés» et qu’elle constitue «une culture peu exigeante en eau, ne nécessitant pas une irrigation intensive».

Avec sa forte valeur marchande, «elle offre de réelles perspectives de diversification de l’agriculture nationale et de création de richesses locales». La plantation se déroule généralement au mois d’août, à partir de bulbes espacés de 10 à 15 cm. La récolte intervient entre la mi-novembre et la fin du mois. Pour Laala, les rendements peuvent être significatifs: «Le rendement moyen est de 2 à 3 kg par hectare, mais lorsqu’on respecte les itinéraires techniques, on peut atteindre, voire dépasser 10 kg par hectare».
Les bulbes ne s’achètent qu’une seule fois, puisqu’ils se multiplient naturellement. «La production peut être multipliée par 5, ce qui permet à l’agriculteur de récupérer la semence initiale tout en obtenant de nouveaux bulbes à replanter ou à commercialiser», précise-t-il.

Les bulbes de gros calibre peuvent être récoltés comme la pomme de terre, puis utilisés comme semences ou vendus. La récolte du safran reste néanmoins une opération délicate. «Elle doit impérativement se faire tôt le matin, avant le lever du soleil. Une fois exposée à la lumière, la fleur s’ouvre et la récolte devient difficile», avertit l’expert. Chaque fleur contient 3 stigmates rouges, les précieux filaments du safran. Après la cueillette, «le safran doit être séché à l’ombre, puis stocké à l’abri de la lumière et de l’humidité, de préférence dans des contenants en verre».
4.000 DA (26,30 €) le gramme de safran pur
Les fleurs et les bulbes peuvent également être valorisés, notamment en tisanes ou en parfums. Cependant, le principal obstacle demeure la commercialisation. Laala pointe une confusion sur le marché local entre le safran pur et un produit populaire appelé «zaâfrane»: «Ce produit, largement consommé et bon marché, n’est pas du safran pur. Le vrai safran, composé uniquement de filaments, est un produit biologique de luxe».

Son prix, avoisinant 4.000 DA le gramme, le destine surtout aux hôtels et à l’exportation. «La qualité du safran algérien est pourtant très élevée, comparable à celle des grands producteurs mondiaux comme l’Iran», affirme-t-il. Mais l’absence de structures de certification et de contrôle freine les exportations: «Produire sans débouchés commerciaux n’est pas viable», note-t-il.

Pour développer durablement cette filière, l’expert appelle à une stratégie tournée vers l’export. «L’objectif principal reste l’exportation vers l’Europe et les États Unis, où le gramme peut se vendre entre 25 et 30 euros». Il souligne également les potentialités pharmaceutiques du safran.

Selon lui, l’appui institutionnel est indispensable: «L’agriculteur ne peut pas, à lui seul, assurer toutes les étapes jusqu’à l’exportation. Il faut des structures chargées de la prospection des marchés, de la collecte et de l’exportation». Il conclut en rappelant que l’Algérie dispose des conditions naturelles et humaines nécessaires pour réussir. «Sans débouchés sécurisés et sans un système clair de certification et d’exportation, il est inutile d’augmenter la production. Produire pour stocker n’est pas une solution», conclut-il.
Source : https://www.horizons.dz/