Blog / Conseils
Comment les abeilles ont trouvé la solution contre l’acné

Les chercheurs de l’Observatoire français d’apidologie, dans le Var, ont isolé une molécule tuant la bactérie acnes. Elle vient de la propolis, substance butinée dans la sève des arbres.
On connaît les vertus des abeilles. Et des insectes pollinisateurs qui permettent de polliniser les plantes à fleurs et de nous fournir une grande part de notre alimentation végétale. On sait aussi les dangers d’extinction qu’encourent les butineuses à rayures, liés aux pesticides et aux activités humaines qui contribuent au réchauffement climatique. Ce que l’on sait moins, c’est que ces petits apidés, dont on a retrouvé un fossile vieux de cent millions d’années en Malaisie, sont aussi des « pharmaciennes ailées« .
Les Égyptiens utilisaient la propolis dans l’antiquité
L’expression n’est pas simplement poétique. Utilisée par Thierry Dufresne qui a créé l’Observatoire Français d’Apidologie (OFA) au cœur du massif de la Sainte-Baume il y a dix ans, elle prend tout son sens si on s’écarte un peu du miel et du nectar, pour se pencher sur la propolis. « C’est une sève, une résine que les abeilles trouvent dans les arbres, indique Léopoldine Husson, apicultrice à l’OFA. Elles mélangent cette pâte brune à leurs enzymes pour colmater les brèches dans leur ruche et y maintenir une température constante. Cette propolis a des propriétés antiseptiques, antibactériennes et antifongiques. Si un insecte étranger meurt dans leur ruche et qu’il est trop gros pour être sorti, elles l’embaument avec cette propolis pour ne pas qu’il pourrisse.«
Les Égyptiens l’avaient observé dans l’antiquité, trempant leurs bandes de lin dans la propolis pour embaumer les momies. Les soldats romains pansaient aussi leurs plaies avec cette substance.
Après avoir travaillé pendant plusieurs années à la préservation et la reproduction des abeilles, formant quelque 80 000 apiculteurs et créant neuf millions de ruches en Europe, les Varois se sont intéressés de plus près à la propolis. « On s’est posé la question de savoir pourquoi les abeilles nous sont nécessaires, explique Thierry Dufresne. On s’est intéressé à la résistance des bactéries du corps humain aux antibiotiques, ce qui cause des millions de morts chaque année. Sachant que la propolis a des vertus antibactériennes, on a eu l’idée d’étudier les propolis différentes qui existent dans les forêts, sur plusieurs parties du globe« .
Une banque de données unique au monde de plus 200 propolis a ainsi été créée, stockée entre la Sainte-Baume et la faculté de Pharmacie de Marseille, où l’équipe de Jean-Michel Brunel (CNRS) fournit expertises et machines aux biologistes de l’OFA.
« La molécule tue la bactérie de l’acné »
Parmi eux, Florent Rouvier est parvenu à isoler des molécules de certaines propolis aux propriétés étonnantes. « On a mis au point une méthode pour extraire les molécules et les tester sur des bactéries comme les staphylocoques ou celle responsable de l’acné, explique-t-il le chercheur dans son laboratoire en forme d’alvéole, à la Sainte-Baume. On mesure la concentration de propolis capable de tuer une bactérie. Si aucune n’est capable de venir à bout de Escherichia coli, on a en revanche de très bons résultats sur la bactérie qui provoque l’acné. »
Une propolis découverte dans une forêt primaire du Rwanda, très concentrée, tue la bactérie de l’acné. « Elle fait un trou dans sa membrane, sans s’attaquer à celles dont la peau à besoin. C’est incroyable. » Un brevet a été déposé, des vérifications faites par d’autres scientifiques et des publications effectuées dans des revues internationales.
Désormais intégrée à une crème, la propolis n’attend plus qu’un distributeur pour changer la vie des ados. « Les laboratoires préfèrent investir sur les traitements lourds« , ne cache pas Thierry Dufresne qui a calculé qu’avec « 1,5 kg de propolis, on peut faire 20 000 tubes. » L’industrialisation et la commercialisation du produit attendent simplement un déclic. Les abeilles sont prêtes à faire le buzz.
Source : https://www.laprovence.com/